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Pertes sur les crypto-actifs : comment sont-elles traitées fiscalement ?

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Stéphanie Némarq-Attias
Founding partner at QOMIT
Illustration QOMIT : une pièce de bitcoin qui se désagrège, symbolisant les pertes sur crypto-actifs et leur traitement fiscal (moins-value).

Les marchés des crypto-actifs sont réputés pour leur volatilité. En quelques semaines, un portefeuille peut perdre une part importante de sa valeur. Certaines pertes sont liées à une simple baisse des cours. D'autres résultent d'un piratage, d'une escroquerie, de la faillite d'une plateforme ou encore de la disparition pure et simple d'un projet.

Dans tous les cas, la même question revient :

une perte économique constitue-t-elle nécessairement une moins-value fiscale ?

La réponse est loin d'être évidente.

En matière de crypto-actifs, le droit fiscal ne suit pas toujours l'économie. Deux investisseurs ayant subi une perte identique peuvent se voir appliquer un traitement fiscal très différent selon les circonstances de cette perte, leur qualité (particulier ou entreprise), la manière dont les actifs étaient détenus ou encore les opérations réalisées au sein de leur portefeuille.

Autrement dit, perdre de l'argent ne signifie pas automatiquement constater une moins-value fiscalement reconnue.

Les pertes sur crypto-actifs prennent des formes très diverses

La baisse du bitcoin ou de l'ether n'est qu'une hypothèse parmi beaucoup d'autres.

En pratique, les situations rencontrées sont extrêmement variées :

  • une chute brutale de la valeur d'un portefeuille ;
  • la vente d'un crypto-actif à un prix inférieur à son prix d'acquisition ;
  • un piratage de wallet ou un vol de crypto-actifs ;
  • une opération de phishing ou une escroquerie ;
  • un rug pull ou l'abandon d'un projet ;
  • la faillite ou la fermeture d'une plateforme d'échange ;
  • la perte des clés privées ;
  • la disparition d'un protocole DeFi ;
  • un stablecoin qui perd durablement sa parité (depeg) ;
  • un token devenu économiquement sans valeur.

Toutes ces situations entraînent une perte patrimoniale.

Pour autant, leurs conséquences fiscales sont loin d'être identiques.

Les crypto-actifs n'obéissent pas aux mêmes règles que les actions

Beaucoup d'investisseurs appliquent spontanément aux crypto-actifs les réflexes acquis sur les marchés financiers.

Pourtant, le régime fiscal applicable aux actifs numériques reste aujourd'hui sensiblement différent de celui des valeurs mobilières.

Lorsqu'un investisseur cède des actions avec une moins-value, celle-ci peut, sous certaines conditions, être imputée sur les plus-values de même nature réalisées au cours des dix années suivantes.

Les crypto-actifs reposent aujourd'hui sur une logique différente.

Le mécanisme prévu par l'article 150 VH bis du Code général des impôts repose sur une approche globale du portefeuille et non sur la performance de chaque actif pris isolément.

Cette méthode de calcul conduit parfois à des résultats particulièrement déroutants.

Une perte économique importante ne se traduit pas toujours par une moins-value fiscale de même montant. À l'inverse, certaines opérations peuvent conduire à constater fiscalement une plus-value alors même que l'investisseur a le sentiment d'avoir perdu de l'argent.

Ces situations, souvent qualifiées de « paradoxes » de la fiscalité des crypto-actifs, restent largement méconnues.

Une perte de valeur n'est pas toujours une perte fiscale

Le traitement fiscal dépend notamment de la nature exacte de l'événement ayant affecté les actifs.

Une baisse de marché soulève des problématiques différentes de celles résultant d'une cession.

Un piratage ne pose pas les mêmes questions qu'une escroquerie.

La disparition d'une plateforme ne produit pas nécessairement les mêmes conséquences que la perte des clés privées.

Dans certains cas, la perte est immédiatement identifiable.

Dans d'autres, il faudra déterminer à quel moment elle devient certaine, définitive et suffisamment documentée pour produire d'éventuels effets fiscaux.

Ces distinctions sont essentielles mais rarement appréhendées par les investisseurs.

Les entreprises sont confrontées à des enjeux encore différents

Les entreprises qui détiennent des crypto-actifs se trouvent dans une situation particulière.

Les crypto-actifs peuvent constituer une trésorerie stratégique, un actif immobilisé, un stock ou encore un élément directement lié à l'activité de l'entreprise.

Lorsqu'une perte intervient, les interrogations sont nombreuses.

  • Une simple baisse de valeur justifie-t-elle une dépréciation comptable ?
  • Une provision peut-elle être constituée ?
  • À partir de quel moment une perte devient-elle définitive ?
  • Comment traiter fiscalement un piratage ou la disparition des actifs ?
  • Quelles conséquences tirer de la faillite d'une plateforme dépositaire ou d'un stablecoin ayant perdu sa parité ?
  • Comment documenter la perte afin de pouvoir, le cas échéant, la justifier lors d'un contrôle fiscal ?

Autant de questions qui ne trouvent pas toujours de réponse évidente dans les textes et qui nécessitent une analyse au cas par cas.

Le véritable enjeu : démontrer la réalité de la perte

Au-delà des règles d'imposition, une difficulté revient systématiquement : la preuve.

En matière de crypto-actifs, la documentation devient souvent aussi importante que la perte elle-même.

Historique des transactions, prix d'acquisition, mouvements sur la blockchain, relevés de plateforme, rapports d'incident, décisions de liquidation, échanges avec les prestataires ou encore analyses techniques peuvent devenir des éléments déterminants.

Plus la situation est atypique, plus la qualité de la documentation revêt une importance particulière.

Une réforme en discussion

Le sujet est d'autant plus d'actualité qu'une proposition de loi déposée par le député Paul Midy en juillet 2026 vise à rapprocher progressivement le régime fiscal des crypto-actifs de celui des valeurs mobilières.

Parmi les évolutions envisagées figure notamment la possibilité de reporter les moins-values sur les années suivantes, à l'image de ce qui existe déjà pour les actions.

L'objectif affiché est de mieux tenir compte de la volatilité des marchés et de renforcer la neutralité fiscale entre les différentes classes d'actifs.

À ce stade, il ne s'agit toutefois que d'une proposition, qui ne modifie pas le droit actuellement applicable.

À retenir

Les pertes sur crypto-actifs soulèvent des questions fiscales bien plus complexes qu'il n'y paraît.

Selon qu'il s'agit d'un particulier ou d'une entreprise, d'une simple baisse de valeur, d'une cession, d'un piratage, d'une escroquerie, d'une faillite de plateforme ou d'un actif devenu sans valeur, les conséquences fiscales peuvent être très différentes.

Dans un environnement juridique encore en construction, les réflexes applicables aux actions ou aux placements financiers traditionnels ne sont pas toujours transposables aux crypto-actifs.

Chez QOMIT, nous accompagnons les particuliers, dirigeants et entreprises dans l'analyse des conséquences fiscales liées aux pertes sur crypto-actifs, qu'elles résultent d'une cession, d'un piratage, d'une fraude, d'une faillite de plateforme, d'une perte de clés privées ou de la dépréciation d'un portefeuille.

Chaque situation mérite une analyse individualisée afin d'identifier les conséquences fiscales susceptibles d'en découler et de sécuriser, lorsque cela est possible, leur traitement au regard de l'administration fiscale.

Pour toute question, vous pouvez contacter le cabinet QOMIT : contact@qomit.fr.

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