
Au micro de Sandra Gandoin, s’en suivent des échanges passionnants autour de :
- Les obligations déclaratives des détenteurs de cryptos,
- La création d’une cellule fiscale dédiée aux activités crypto dans une logique gagnant-gagnant pour l’État et les contribuables, et
- Les donations et successions en cryptos.
TRANSCRIPTION - BFM CRYPTO : Lancement du cabinet QOMIT et enjeux fiscaux des cryptos
BFM Business - 9 septembre 2025
BFM Crypto, le Club avec Sandra Gandoin
Invitées :
- Stéphanie Némarq-Attias, avocate fiscaliste et fondatrice du cabinet QOMIT
- Pauline Armandet, journaliste BFM Business
- Françoise Vasselin, professeur d'économie à l'Université Paris Est Créteil, auteur de "Le marché des cryptoactifs"
[Sandra Gandoin] Tellement de sujets à discuter en crypto que voilà, on aura pas assez d'une saison pour faire cette émission. Bonjour à tous, bienvenue dans le club BFM Crypto. Je suis ravie de vous retrouver avec mes invitées.
Pauline Armandet, journaliste BFM Business. Bonjour Pauline. Ravie de vous retrouver dans l'émission. Stéphanie Némarq-Attias, avocate fiscaliste et fondatrice du cabinet QOMIT. C'est quoi QOMIT Stéphanie ?
[Stéphanie Némarq-Attias] Mon tout nouveau cabinet qui est spécialisé justement sur toutes les problématiques de fiscalité liée à l'innovation et plus précisément la crypto.
[SG] Évidemment, on va parler de fiscalité parce qu'on ne parle pas que de fiscalité dans les cryptos en période fiscale. Justement, faut se préparer, il y a plein de choses à savoir et il y a plein de choses à structurer dans ce secteur, c'est très intéressant.
Et Françoise Vasselin est avec nous également, professeur d'économie à l'Université Paris Est Créteil. Bonjour Françoise. Ravie de vous accueillir dans cette émission. Je vous posais la question tout à l'heure, il y a beaucoup d'études sur les cryptomonnaies. On commence à avoir des cours sur les cryptomonnaies. Dites-nous que ça avance en université.
[Françoise Vasselin] Bien sûr, tout à fait. Notamment dans mon université, je fais un cours qui porte sur la fintech.
[SG] Vous êtes auteur du marché des cryptoactifs évidemment aux éditions La Découverte. Livre économique. On y reviendra dans un instant sur les politiques monétaires, sur les stablecoins avec vous.
BFM Crypto le club. Vous connaissez le principe ? Vous nous posez aussi toutes vos questions sur l'adresse crypto@bfmbusiness.fr. Vous savez qu'on vous répond tous les jeudis entre 15h et 15h30. Le club BFM Crypto. Ça y est, j'ai fini. C'est parti.
[SEGMENT ACTUALITÉS - Pauline Armandet]
[SG] Pauline Armandet, je commence par vous. L'actu symbolique qui vient d'être franchi : les sociétés côtées en bourse qui détiennent désormais plus d'un million de bitcoins.
[Pauline Armandet] Oui. Alors, ça représente 162 sociétés publiques dans le monde qui détiennent effectivement ce fameux butin d'un million de bitcoins. Alors, juste pour nuancer, il y en a une en particulier qui en détient énormément, c'est Strategy donc ex-MicroStrategy qui détient quand même plus de 630 000 bitcoins. Donc, c'est vrai que voilà, sur ces 162 sociétés, il y en a une qui est clairement leader, les autres suivent.
Et c'est vrai que si on prend les sociétés, voilà, en tant que groupe ou entités qui détiennent le plus de bitcoins dans leur trésorerie, elles font quand même moins bien par exemple que les gestionnaires d'actifs et des fonds, notamment via des ETF Bitcoin Spot qui eux détiennent 1,4 million de bitcoins.
Donc on a ces gestionnaires d'actifs, les sociétés publiques et puis après les sociétés privées qui elles détiennent on va dire seulement 300 000 bitcoins en 2025.
[SG] Donc les sociétés publiques sont le deuxième plus gros acheteur. C'est ça que ça veut dire de Bitcoin.
[PA] Oui, c'est ce que ça veut dire. Il y a une étude d'ailleurs de la société River qui a expliqué qu'environ 1 400 bitcoins étaient achetés chaque jour par des sociétés publiques. C'est le cas notamment en 2025 et ce qui fait que voilà les plus gros acheteurs de Bitcoin sont, enfin restent les gestionnaires d'actifs avec 338 000 bitcoins achetés en 2025, 330 000 par les sociétés publiques et enfin 84 000 bitcoins par les sociétés privées.
[SG] C'est intéressant déjà ce mouvement des Bitcoin Treasury Companies là qui a vraiment lancé un mouvement cette année. On a commencé à en voir une française qui commence à se faire une place aussi. Et ce recours, les gestionnaires de fonds, ces sociétés publiques, ça fait monter le prix Françoise. On est d'accord que c'est quand même dans la progression du cours du Bitcoin, c'est quand même un pas important.
[FV] Oui, tout à fait. Plus on a de demande, forcément plus la valorisation du Bitcoin va suivre. Évidemment différents pays sont en train d'acquérir ces réserves stratégiques, mais c'était pas seulement le cas aux États-Unis. Et ce qui est intéressant, c'est qu'en parallèle, si on regarde par exemple Salvador, ils sont également en train d'acquérir de l'or.
Donc, on aurait l'or numérique et l'or matériel qui seraient les deux réserves en tous les cas que l'on serait en train de détenir en ce moment.
[SG] Les gestionnaires d'actifs, les entreprises, les États, ça fait grossir finalement cette popularité. Stéphanie, moi je le constate aussi beaucoup dans les entreprises françaises qui cherchent à se diversifier un petit peu, à utiliser cette trésorerie pour avoir un peu plus de rendement et aussi à lutter un peu contre l'inflation. C'est aussi un bon moyen d'avoir des actifs différents, de diversifier et ça veut dire aussi qu'il faut prendre quelques précautions juridiques.
[SNA] Ouais. Juridiques et même financières pardon. On est en bull market, ça ne cesse d'augmenter mais enfin on se pose quand même la question souvent sur ce plateau. Je l'ai aussi posé à Alexandre Stachtchenko, quand ça va baisser et baisser peut-être fortement, ça donne quoi sur les trésoreries ?
Et ben justement, c'est la raison pour laquelle il faut anticiper ça et ça s'anticipe aussi sur la responsabilité des dirigeants parce que quand un dirigeant prend cette décision, il faut qu'il soit je dirais backé par l'actionnariat et que tout soit bien clair sur dans quelle proportion on peut investir sa trésorerie en crypto et à quel moment il faut se dégager de ce type d'investissement.
[SG] On verra ça. On aura peut-être des réponses dans les mois qui viennent en fonction du cours. Vous nous parlez aussi Pauline de la société spécialisée Chainalysis qui vient de sortir son classement des pays où les cryptomonnaies sont les plus utilisées en 2025. Qu'est-ce qui en ressort ?
[PA] Alors voilà, dans le top 10 des pays qui adoptent le plus les cryptos, il y a l'Inde, les États-Unis, le Pakistan, le Vietnam et par exemple le Brésil. En fait, Chainalysis sort chaque année son classement où l'adoption des cryptos est la plus forte dans les pays.
Et ce qui ressort par exemple cette année déjà, la grande différence c'est que l'adoption se fait au niveau mondial et plus de manière isolée. C'est ce que constate la société. C'est assez intéressant de voir voilà que quand on voit vraiment cette cartographie des pays, ben les cryptos vont être utilisées pour des usages qui vont être totalement différents.
Il va y avoir de la spéculation notamment côté US avec les ETF Bitcoin Spot mais aussi dans d'autres pays, la crypto va être utilisée vraiment à des fins réelles et concrètes de paiement, de transfert de fonds.
Et donc déjà 2025, les cryptos sont utilisées au niveau mondial et plus de manière isolée. Après, ce qu'on constate vraiment, c'est que la région Asie-Pacifique va renforcer sa son leadership en matière de cryptomonnaies. Puis on a les États-Unis qui passent de la 4e à la 2e place du classement notamment en terme d'utilisation des cryptos.
Et ça, bon ben on comprend que c'est pas le fruit du hasard. Typiquement avec un Donald Trump pro-crypto qui est arrivé voilà à la tête des États-Unis avec toute la réglementation qui est de plus en plus clémente à l'égard des cryptos. On comprend que les Américains sont incités à en acheter et en utiliser. Et puis dans le classement la France se retrouve en 22e position.
[SG] Et oui. Et ben ça voilà c'est pas non plus très étonnant avec tout le cadre aussi réglementaire et même fiscal qui voilà va peut-être aussi désinciter certains français à vouloir utiliser et même payer en cryptomonnaies même si on le sait 10 % des Français détiennent des cryptomonnaies en 2025.
[PA] 10 % seulement. On peut voir le classement change par contre si on compare à la taille de la population c'est ça qui est intéressant aussi Pauline.
[SG] Effectivement là on va retrouver vraiment dans les pays leaders en terme d'adoption des pays d'Europe de l'Est, l'Ukraine, la Moldavie, la Géorgie et Chainalysis l'explique vraiment par le fait que dans ces pays notamment les cryptos sont vues comme des alternatives pour transférer des fonds, avoir accès au système financier et voilà dans un pays aussi où l'inflation va être très importante. Donc c'est pour ça aussi que les cryptos sont utilisées dans ces pays.
[SEGMENT STABLECOINS - Françoise Vasselin]
[SG] On parle d'ici d'adoption, on parle ici de réglementation Françoise. Quand on regarde pas trop dans les détails, on a l'impression que c'est très favorable. Alors, faut pas tout confondre. Là, on parle de Bitcoin. Il y a les stablecoins aussi où il y a une très grosse réglementation. Cet été, le contexte américain est très favorable aux cryptomonnaies, ça c'est une chose. Et puis à côté, il y a nous, l'Europe qui essayons de nous débattre, la France avec nos 10 % de détenteurs de cryptomonnaies.
Est-ce qu'on a perdu cette bataille déjà d'après vous Françoise ?
[FV] Je pense que tout peut encore être joué. C'est vrai que le GENIUS Act a légitimé les stablecoins notamment et donc a incité beaucoup d'entreprises américaines à investir dans ce secteur. Mais avant tout, il est important de distinguer parmi les différents segments de ce grand marché.
Dans mes travaux notamment, je propose et je montre que ce marché des cryptoactifs peut être segmenté en quatre parties. Donc on aurait tout d'abord les cryptomonnaies de paiement tels que Bitcoin, Litecoin, Monero dans la lignée de Satoshi Nakamoto. Donc l'objectif c'est de servir de moyens de paiement mondial sans intermédiaire.
Nous avons également les cryptomonnaies plateformes dans la lignée donc de Vitalik Buterin avec Ethereum, Solana, Polkadot et tant d'autres. L'objectif ici c'est de pouvoir héberger des jetons et des activités décentralisées.
Et on a deux catégories de jetons : les jetons non monétaires qui là sont très diversifiés effectivement avec beaucoup de spéculations. Notamment les memecoins entrent dans cette catégorie puisqu'ils permettent notamment de marquer l'appartenance à une communauté.
Et enfin, on a les stablecoins qui sont la dernière catégorie et véritablement cette catégorie est constituée à 99 % de réserves en dollars en contrepartie dans tous les cas, ce qui fait qu'on parle quasiment de dollars numériques.
Donc selon le segment que l'on regarde, effectivement les positionnements peuvent être différents.
[SG] Et c'est intéressant parce qu'on va peut-être complètement changer de façon de parler de ce monde des cryptomonnaies. Je disais tout à l'heure avant l'émission qu'il y en a certains qui commencent à contester ce terme de web 3 ou ce terme de blockchain, ces termes trop génériques finalement parce que commence à se réellement redessiner ce secteur complètement de façon différente.
Vous vouliez revenir notamment sur l'évolution des stablecoins, ces réglementations cet été, ce GENIUS Act et ces stablecoins qui sont en train de passer de la blockchain publique à des blockchains privées.
[FV] Exactement. Et c'est le cas aux États-Unis, malheureusement en Europe, suite au règlement MiCA, le fait que les annonces sur la monnaie numérique de banque centrale ne soient pas très favorables aux investissements privés puisque les entreprises qui pourraient investir se disent "Mais finalement, je vais être en concurrence avec la BCE, ce qui n'est pas rien."
Alors qu'aux États-Unis, récemment, comme nous le savons, cette monnaie numérique n'a pas été acceptée. Elle a même été interdite. Donc au contraire, ce sont les entreprises privées qui peuvent entrer dans le secteur et elles investissent de deux manières, ce qui est très intéressant.
D'une part, on a beaucoup d'entreprises qui souhaitent créer des blockchains privées avec notamment Circle qui émettait déjà son stablecoin sur blockchain. Mais là, Circle va créer une nouvelle blockchain privée qui va s'appeler ARC. Mais Google, Google également avec son Google Cloud Universal Ledger va également créer une blockchain privée.
Donc ces deux blockchains vont être totalement dédiées aux institutionnels. Elles pourront faire circuler l'USDC avec ARC. Mais la blockchain de Google pourra faire circuler non seulement l'USDC de Circle mais tous les autres futurs stablecoins agréés.
[SG] Les avantages pour les émetteurs c'est quoi ?
[FV] Alors pour l'instant nous sommes sur les plateformes, pour les infrastructures et bien c'est simplement de faire payer l'autoroute. C'est-à-dire que l'on permet un usage de l'infrastructure contre une rémunération. Donc on capte une partie de la valeur de l'infrastructure.
[SG] Est-ce qu'on voit ce même mouvement en Europe ? Parce que nous on a l'impression d'être complètement largués en Europe sur les stablecoins. Les 99 % des stablecoins sont des dollars. De toute façon, on a déjà loupé ce stade là. Nous, on est concentrés sur l'euro, l'euro numérique. Est-ce qu'on va y arriver nous à sortir quelque chose là-dessus ou ça va seulement se passer aux États-Unis ?
[FV] Je pense qu'il faudrait être plus clair sur cet euro numérique afin que les entreprises puissent être incitées à investir et à innover davantage. Mais bien avant les réglementations, je pense à une banque française Société Générale avec la filiale Forge. Depuis 2023 cette banque a émis un stablecoin en euro EURCV.
[SG] Je sais, je sais.
[FV] Et avec MiCA l'année qui a suivi, on s'attendait à ce que d'autres investissements du même type puissent être entrepris. Malheureusement cette attente autour de l'euro numérique ne permet pas d'y voir clair.
Mais ce qui est quand même embêtant, c'est qu'on parle ici effectivement de stablecoins, mais on parle surtout de modernisation du système de paiement de demain. Et là, on a quand même un très très gros enjeu de souveraineté tout simplement.
[FV] Oui, tout à fait. Alors la porte d'entrée dans ce marché des cryptoactifs pour la réglementation, ça a été les stablecoins puisqu'en fait bien qu'ils soient émis par des acteurs privés non bancaires, ils servent de plus en plus de monnaie. Vous l'avez dit Pauline notamment, ils servent dans des transferts de fonds internationaux, ils servent même au sein même des pays émergents pour remplacer la devise locale.
Donc effectivement, des questions de souveraineté monétaire se posent et c'est pour cela que le régulateur a souhaité encadrer ce secteur, ce segment particulièrement. Et grâce à cela, aux États-Unis, on a d'autres entreprises qui à côté de celles qui investissent dans la blockchain vont investir dans les stablecoins notamment Amazon et Walmart qui sont en train d'explorer l'émission d'un stablecoin.
Là, les avantages vont être de fluidifier le paiement en magasin pour Walmart et de réduire les coûts d'usage du réseau de carte bancaire sur le commerce électronique. Donc effectivement, il y a de gros enjeux d'investissement mais c'est aussi le signe qu'il y a des opportunités.
[SEGMENT FISCALITÉ - Stéphanie Némarq-Attias]
[SG] Stéphanie, je trouve ça très intéressant ce sujet de la classification des cryptos parce que en fait ça rejoint un débat juridique. En France en fait, on a une définition des actifs numériques. Alors on parle plus du tout aujourd'hui d'actifs numériques, mais en réalité juridiquement c'est ce qu'on trouve dans le code monétaire et financier.
Et en fait le code général des impôts fait référence à la notion d'actif numérique incluse dans le code monétaire et financier. Et là, ce qu'on comprend, c'est qu'on a une diversification de ces actifs numériques, de ces cryptoactifs et on a une superposition aussi des définitions qu'on peut apporter en France au niveau européen avec MiCA.
Et moi, la question que je me pose dans le quotidien, c'est quels peuvent être les impacts de ces différentes classes de crypto sur la fiscalité ? Est-ce qu'on va traiter de la même façon une cryptomonnaie qui sert de paiement, un jeton, un stablecoin ?
Et tout ça, c'est des questions que j'ai au quotidien auprès de mes clients qui se demandent si en passant par du stablecoin, donc dont la valeur est indexée sur des actifs financiers traditionnels donc de l'euro, du dollar mais aussi des bons du trésor américain, est-ce qu'on sort du champ d'application qu'on connaît aujourd'hui des actifs numériques ?
[SG] Françoise, il va falloir donner une réponse claire parce que je pense que même l'administration fiscale ne peut pas répondre à cette question honnêtement.
[FV] Alors pour être vraiment très clair, il faut voir ces segments du marché des cryptoactifs comme la possibilité de diversifier un portefeuille en terme de rendement et de risque. Donc on aurait les cryptomonnaies de paiement telles que Bitcoin, Litecoin qui seraient peut-être certes volatiles mais un peu moins que les cryptomonnaies de plateforme.
D'ailleurs même la plateforme CoinMarketCap montre que la volatilité des cryptomonnaies plateformes tel Ethereum est deux fois plus élevée que celle des cryptomonnaies de paiement. Donc peut-être qu'il y a à la fois plus de risque mais plus de rentabilité espérée dans les cryptos plateformes.
[SG] Exactement.
[FV] Et puis après en terme d'identification de l'émetteur, c'est bien ça qui pose problème lorsque les États-Unis tentent d'appliquer le test Howey. Qui est l'émetteur ? Est-ce qu'on investit de l'argent pour faire travailler quelqu'un qui va nous rapporter un profit ? Et notamment on a les deux grands Bitcoin et Ethereum qui ne pourront pas jusqu'à présent en tous les cas être classés comme des titres financiers.
[SG] C'est intéressant parce que dans la fiscalité, on va en parler avec vous Stéphanie, on a vu par exemple cette année au moment de la déclaration fiscale que par exemple le statut des stablecoins, il était un peu dans une zone grise. On savait pas trop quoi faire. On pouvait peut-être transférer ces bitcoins en stablecoins le temps que ça reste comme ça et puis après surtout pas les transformer en monnaie fiat parce qu'on a vu qu'il y avait des questions auxquelles l'administration fiscale n'avait pas répondu.
Moi je me demande si l'administration fiscale elle a compris tout ça, elle est prête ? Est-ce qu'elle est en train de travailler là-dessus sérieusement ?
[SNA] Alors, on a une certitude d'ailleurs, on le voit dans le rapport d'activité du ministère des finances, c'est qu'il y a aujourd'hui des services qui se spécialisent sur les sujets cryptos. C'est écrit noir sur blanc. Donc, je pense qu'ils travaillent sur ces sujets-là. De là avoir des réponses à toutes nos questions, on n'en est pas tout à fait là.
Et le problème qu'on a, c'est que l'administration fiscale ne peut pas vraiment agir avant qu'une loi ne passe. Donc on est dans un double niveau d'interrogation et de réponse.
[SG] Ce qui veut dire qu'aujourd'hui, il y a des milliers de détenteurs de cryptomonnaies qui sont dans l'irrégularité la plus totale au niveau fiscal parce que justement il y a des règles qui sont pas pour le moment très claires et ils savent pas, c'est pas des fraudeurs.
[SNA] Exactement. C'est un peu ce qu'on a constaté. Tout à fait. C'est vrai que dans notre cabinet, ce qu'on a constaté qu'il y a beaucoup de Français, de contribuables qui viennent nous voir et qui nous disent "Mais en fait, je ne comprends pas la règle, je ne la connais pas, mais même quand vous me l'expliquez, la déclaration qu'il faut faire, je suis pas capable de la faire seule."
Et donc bon, on les accompagne bien évidemment. Maintenant, on est bien persuadés que ce qu'il faut c'est quand même une clarification des déclarations et une simplification parce qu'aujourd'hui les imprimés déclaratifs sont trop complexes pour être faits tout seul. Donc, on a besoin d'avoir recours à des experts.
[SG] Faut avoir fait une étude d'ingénieur pour avoir rempli sa déclaration en 2025. On est bien d'accord, il a fallu de l'aide carrément pour cette édition là. On espère que ça va simplifier. Évidemment, vous demandez une cellule de régularisation fiscale. Aujourd'hui quand on se trompe par exemple et que l'administration fiscale revient vers nous. On a droit au droit à l'erreur.
[SNA] Alors, il existe effectivement le droit à l'erreur. Alors, ça a été créé par la loi donc il y a vraiment une possibilité de faire une démarche pour les cryptos. Évidemment, il y a pas de raison que ça marche pas pour les cryptos. Le seul problème, c'est qu'on ne sait pas exactement quelles sont les pénalités qui vont nous être appliquées. Donc c'est pas très clair.
C'est la raison pour laquelle en se réunissant avec des collectifs, on s'est dit mais au fond, s'il existait une cellule de régularisation comme ça a existé pour les comptes étrangers, on aurait un bénéfice pour toutes les parties prenantes. On aurait des contribuables rassurés, donc un climat de confiance avec des pénalités moindres si on a fait une erreur.
Et on aurait aussi l'État qui aurait moins de contrôles fiscaux, moins de contentieux fiscaux à générer et à financer avec des recettes fiscales et surtout des équipes de contrôleurs ou en tout cas des équipes à l'administration fiscale capables de répondre à ces questions-là parce qu'elles auront été formées précisément pour répondre aux contribuables qui se posent ces questions là sans pour autant être des fraudeurs.
[SG] Si le contribuable n'a pas toutes les réponses, il peut très vite se trouver dans cette situation où finalement bon ben, il va se dire non, je m'en occupe pas, c'est trop compliqué. Et il y a des milliards à récupérer aussi pour l'État dans cette meilleure organisation fiscale sur les cryptos.
[SNA] Une sorte de rétablissement de la confiance entre les deux parties pour finalement nettoyer un petit peu tout ça. C'est vraiment une logique gagnant-gagnant. Et puis on aurait aussi même les personnes qui ne touchent pas forcément à la crypto se diraient au fond les règles s'appliquent de la même façon si j'investis dans des actifs traditionnels ou si j'investis dans des actifs cryptos. Donc tout le monde en sortirait gagnant en réalité.
[SG] La question que je me pose, c'est ces questionnements potentiels dans l'administration fiscale. Est-ce que les notaires, par exemple, les notaires qui font les successions, qui font les transmissions de crypto, est-ce qu'eux aussi ils auraient besoin d'une cellule spéciale pour comprendre ce secteur-là ? Parce que franchement maintenant, ça y est, on a dit 10 % des Français détiennent de la crypto. Ça veut dire que dans les successions et même dans les donations au cours de la vie, la situation va se présenter assez souvent.
[SNA] C'est tout à fait une question qui se pose maintenant régulièrement. On est sur un marché qui est un peu plus mature. Donc des profils d'investisseurs qui sont un petit peu plus âgés et qui se disent "Comment je peux optimiser ma transmission à mes enfants ?" Et effectivement, il existe des stratégies tout à fait légales qui nous permettent d'anticiper à la fois le coût fiscal des transmissions mais aussi la sécurisation de ces transmissions parce que évidemment c'est un peu plus complexe que de transmettre un bien immobilier.
Et c'est pourquoi je travaille très souvent avec des notaires qui ont cette spécialisation aussi pour informer les bénéficiaires de ces donations ou de ces successions, de leurs obligations fiscales déclaratives et cetera et des futures opérations qu'ils vont faire par exemple de vente.
[SG] Françoise, on parlait tout à l'heure d'adoption de ces 10 % de Français qui détiennent des cryptos. Cette fiscalité d'après vous, elle va à l'encontre d'une adoption plus massive en France ?
[FV] Il me paraît très intéressant de voir de quelle façon sont détenus et échangés ces cryptoactifs puisque c'est peut-être là qu'on pourrait trouver une clé pour mieux comprendre. On peut soit les détenir sur une clé personnelle, soit les détenir via les exchanges. Et là, il y a la question qui concerne leur conformité, leur réglementation.
Notamment, on voit que cela est en train d'être amélioré aux États-Unis grâce au GENIUS Act et notamment si on revient sur les stablecoins, certains pourraient ne plus être échangés sur certains exchanges à partir du moment où ils ne respecteraient pas les règles de conformité.
Donc peut-être que la fiscalité pourrait s'appuyer sur des bilans, des documents officiels que les exchanges pourraient fournir. Peut-être qu'il y aurait un travail en collaboration à faire au moins de ce côté-là.
[SG] Le secteur est totalement en chantier. C'est ça qui est passionnant en cette année 2025 de parler de crypto. On a beaucoup de sujets encore à traiter Pauline, on va vraiment encore avoir du travail sur cette saison.
Merci mesdames, merci à toutes les trois d'être venues. Pauline Armandet, journaliste BFM Business, Stéphanie Némarq-Attias, avocate fiscaliste, fondatrice du cabinet QOMIT et Françoise Vasselin, professeur d'économie à l'UPEC, l'Université Paris Est Créteil, auteur du marché des cryptoactifs.
Ce petit livre essentiel et ces catégories très intéressantes dont on a parlé dans cette émission. Je vous retrouve très vite et je vous laisse entre les mains de BFM Bourse. Bonne journée sur BFM Business.