Interview
BFM Crypto

Fiscalité crypto 2025-2026 : bilan et perspectives

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Stéphanie Némarq-Attias
Founding partner at QOMIT

Un grand merci à Sandra Gandoin pour cette nouvelle invitation sur le plateau de BFM Crypto, à l’occasion d’une émission spéciale de fin d’année dédiée à la fiscalité.

Nous y avons partagé nos expertises pour répondre à trois grandes questions :

  1. Pourquoi 2025 a été une année décisive pour la fiscalité des crypto-actifs
  2. Les erreurs les plus fréquentes, aussi bien chez les particuliers que chez les entreprises
  3. Ce qui nous attend en 2026, en particulier l’idée que je défends : un véritable droit à l’erreur fiscale pour les détenteurs de cryptos

Un message ressort clairement : la fiscalité des cryptos devient plus structurée et encadrée.

À partir du 1er janvier 2026, les plateformes crypto transmettront automatiquement les informations des utilisateurs à l’administration fiscale, ce qui impliquera davantage de contrôles.

En 2026, QOMIT continuera de défendre les acteurs innovants — entreprises et particuliers — pour sécuriser leur situation fiscale et éviter les mauvaises surprises.

Transcript

TRANSCRIPTION - BFM CRYPTO : Fiscalité crypto, bilan 2025 et perspectives 2026
BFM Business - 22 décembre 2025
Émission spéciale l'année crypto avec Sandra Gandoin

Invités :
- Stéphanie Némarq-Attias, avocate fiscaliste et fondatrice de QOMIT
- Loïc Santel, fondateur de Contact Crypto
- Alexandre Lourimi, avocat associé chez Orwell

[Sandra Gandoin] Bonjour à tous, je suis ravie de vous retrouver sur ce plateau de BFM Crypto. On va parler de cette année 2025, année charnière, année incroyable. On va revenir sur ce qui s'est passé ici, notamment en terme de fiscalité, sur ce qui s'est passé ces derniers mois, sur ce qu'il faut anticiper pour 2026.

Pour en parler, j'ai le plaisir de recevoir Stéphanie Némarq-Attias, avocate fiscaliste et fondatrice de QOMIT. Bonjour Stéphanie. Loïc Santel est à côté de vous, fondateur de Contact Crypto. Bonjour Loïc. Et face à vous Alexandre Lourimi, avocat associé chez Orwell. Bonjour Alexandre. Le best of crypto, c'est parti.

On peut difficilement parler de crypto en France honnêtement sans parler de fiscalité. C'est un mot qu'on prononce presque à chaque émission. J'aimerais commencer cette émission par un tour de table pour vous demander votre sentiment à tous les trois sur cette année crypto évidemment en terme de fiscalité mais même de façon plus générale. Stéphanie ?

[Stéphanie Némarq-Attias] Alors, je dirais que sous l'angle fiscal, ce qu'on a pu constater, c'est toujours une certaine complexité d'une part dans les règles et d'autre part dans les obligations déclaratives pour les particuliers. Donc cette complexité fiscale, elle perdure. Je dirais que ce qui est aussi notable sur cette année 2025, c'est que l'administration fiscale s'intéresse de plus en plus aux contribuables particuliers et entreprises qui ont un patrimoine dans les cryptomonnaies.

[SG] On va y revenir évidemment dans les détails dans un instant. Loïc, c'est quoi votre sentiment à vous pour cette année 2025 ?

[Loïc Santel] Nous c'est plutôt du côté des entreprises, on a pu voir qu'il y avait une utilisation en tout cas plus fréquente soit sur les placements d'excédent de trésorerie ou aussi au niveau du paiement. Donc on a pu voir beaucoup plus de cryptos dans les comptes et ça après d'ailleurs ça a surtout eu des répercussions pour nos amis des comptables qui donc derrière devaient comptabiliser tout ça. Et c'est vrai qu'aujourd'hui c'était un petit peu ça le point qu'on a observé, c'est qu'il y a une certaine méconnaissance de la part de la profession des experts comptables et ça c'était vraiment le point noir un peu de cette année sur lequel on voit qu'ils sont en train de progresser.

On voit par exemple au niveau de chaque année il y a un congrès de l'ordre des experts comptables. Les trois dernières années, il y avait aucun sujet et cette année enfin il y avait un sujet au niveau du congrès pour justement commencer à monter un peu en compétence. À l'avenir ça va certainement s'améliorer.

[SG] Oui, c'est ça. Ça veut dire qu'il y a peut-être une généralisation, une envie des entreprises d'aller vers ce secteur et ça c'est plutôt bon signe dans l'adoption finale.

[LS] C'est bon signe et c'est souvent même les entrepreneurs qui étaient demandeurs et qui forcent d'une certaine manière le comptable à se mettre à la page. Exactement.

[SG] Alexandre, votre sentiment sur cette année 2025 globalement ?

[Alexandre Lourimi] Je pense que côté projet, les projets ont totalement changé par rapport à avant. C'est beaucoup plus mature, c'est beaucoup plus des sujets d'infrastructure, des wallets, des solutions de paiement. Donc avec des cas d'usage beaucoup plus professionnels. Et côté particulier, je rejoins ce qu'a dit Stéphanie, l'administration fiscale se préoccupe du sujet. Donc beaucoup de sujets de régularisation.

Moi, j'ai eu beaucoup de clients qui sont dans la crypto depuis un moment et qui se sont dit "Bon, 2025, je me mets vraiment au cordeau pour affronter 2026 sereinement." Surtout qu'il y a pas mal de personnes qui en ont profité parce que les cours ont été assez hauts globalement sur l'année pour sortir. Des gens qui étaient pas sortis sur la précédente vague ou celle d'avant qui là ont décidé de liquider une partie de leur portefeuille.

[SG] Et donc c'est là qu'intervient le fisc et que effectivement les questions se sont posées, les déclarations. On en a beaucoup parlé en début d'année de cette déclaration. Vous l'avez dit, c'était complexe, c'était lacunaire, il va falloir rattraper ça et j'imagine qu'ils sont en train de le faire sur 2026, sur 2027. Il y a plein de réglementations qui se mettent en place. Il y a plein de réglementations qui même sont en train d'être encore réfléchies, qui sont qu'au stade de la réflexion et du débat. Mais en tout cas, tout ça avance quasiment tous les jours. L'administration fiscale en tout cas est sur le coup et pour le contribuable en début d'année 2025, ça a quand même été incroyablement compliqué Stéphanie.

[SNA] Alors ça a été compliqué et puis c'est vrai que l'arsenal dont dispose l'administration fiscale aujourd'hui pour contrôler mais aussi pour sanctionner je dirais est bien plus important que ce qu'il a été les années précédentes. Alors c'est le cas par exemple sur les sujets de prescription. On a une prescription qui est prolongée. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l'administration peut dans certains cas remonter avant les 3 ans de délai de reprise qu'on connaît bien. Donc ça a un impact important.

Et puis c'est vrai que les régularisations aujourd'hui, c'est devenu une pratique assez courante à partir du moment où on constate qu'on va pouvoir faire une démarche spontanée en ayant moins de pénalités ou pas de pénalités quand on fait cette démarche sans attendre un contrôle fiscal.

[SG] Est-ce que de façon générale Alexandre, Loïc, vous avez senti un recours plus régulier des particuliers et puis aussi des entreprises à une aide ? C'est vrai que jusqu'à maintenant, on essayait de faire un peu tout seul notre déclaration. Là quand même, l'année dernière, on a tous constaté qu'il fallait qu'on se fasse aider si on voulait pas se faire piéger réellement. Il y a même des acteurs qui se sont spécialisés dans les déclarations dans ce contexte. Est-ce que ça fait émerger ce genre de demande par exemple Loïc ?

[LS] Oui oui, il y a quand même une demande qui est émergente, que ce soit les particuliers ou même les entreprises. Alors après, de base, les entreprises, n'importe quel entrepreneur, vous lui demandez, il déteste tout ce qui est comptabilité. [rires] Clairement, c'est vraiment pas leur sujet de prédilection et souvent ils vont se décharger complètement sur l'expert comptable.

Et donc nous derrière après, on a eu des experts comptables qui nous ont contactés parce qu'ils savaient pas forcément bien faire. Mais il y avait quand même, comme disait Stéphanie, cette envie quand même de se mettre dans les clous. Et aujourd'hui, nous ce qu'on constate c'est le problème principal, c'est qu'on a quasiment tous les experts comptables qui aujourd'hui comptabilisent uniquement les plus et moins-values latentes, mais pas forcément les plus et moins-values réalisées, ce qui en soi dans une entreprise est obligatoire à faire.

Alors que c'est vrai que pour les particuliers, on a effectivement pas mal de personnes qui se mettent dans le rang.

[SG] Nous ce qu'on peut voir même sur les comptes, c'est que pour les particuliers, on a une réduction là en ce moment du nombre de transactions. Avant, on avait vraiment des personnes qui étaient en train d'itérer, découvrir, faire pas mal de choses, tester plein de choses. Et là, on se dit bon, on va peut-être se calmer un petit coup. Je sais pas si vous le voyez aussi dans les dossiers, on se calme vraiment un grand coup et on se dit "OK, on va y aller un peu plus mollo maintenant, on va régulariser tout ce qu'on a fait avant. Maintenant, on se calme et on fait quelque chose de clean."

[SNA] Stéphanie, malheureusement, je dirais là, on est sur un concept nouveau qui est que la fiscalité a un impact sur l'activité des personnes. C'est-à-dire que c'est tellement compliqué de déclarer chacune des opérations qui donnent lieu à une plus-value qu'on est en train de réduire ces opérations, quitte à laisser tomber certaines opportunités parfois ou à l'inverse à accepter d'être en perte pour éviter d'avoir trop d'opérations et sortir de certaines positions.

Donc tout à fait, moi je constate la même chose dans les faits, il y a moins d'activités mais dans un but fiscal qui est pas du tout un but d'optimisation mais plutôt un but de simplification.

[AL] Ouais, c'est ça. Simplification et c'est nous qui devons la faire effectivement.

Ouais, tout à fait. Et puis les gens prennent conscience qu'ouvrir un compte finalement c'est pas quelque chose d'anodin. Comme c'est des applications souvent qu'on télécharge sur le téléphone ou alors que c'est des sites internet où l'inscription prend 2 minutes, on a l'impression que ça entraîne aucune conséquence. Et on voit dans les contrôles le fait d'omettre de déclarer un compte ouvert à l'étranger, que ce soit dans la crypto ou dans les banques, il y a plein de néobanques qui sont dans la même situation, et ben ça peut être suspect pour le fisc. Ça peut même parfois fonder, motiver des pénalités qui peuvent être importantes jusqu'à 80 %.

Donc c'est vraiment pas quelque chose d'anodin. Le fisc a assez peu communiqué sur le sujet, donc les contribuables sont pas non plus coupables à 100 % mais là voilà à force d'informations comme ce que vous faites avec BFM Crypto, les gens commencent à le comprendre et font plus attention à ça.

[SG] Oui. D'autant que c'est ça effectivement faut faire très attention. Le contribuable est au pied du mur parce que l'administration fiscale de son côté est de plus en plus calée sur la situation. Bon on va pas dire qu'elle est au taquet en 2025. On voyait bien qu'il y avait quand même un petit flottement sur ce qu'on doit faire, ce qu'on doit pas faire, comment on doit le faire. Je suis pas sûre que la totalité des agents était capable de répondre là-dessus à toutes les questions en crypto.

[LS] Oui, c'est ça justement là-dessus. Alors, nous on a vu une augmentation quand même du nombre de contrôles majoritairement sur les entreprises. Alors, notamment un des critères numéro 1 des contrôles, c'est souvent sur la TVA. Donc, vu que là justement sur les paiements qui accélèrent, ça fait du coup des contrôles. Dès qu'il y a des erreurs de TVA, le fisc le voit plus facilement. C'est un peu une anticipation de DAC 8 entre guillemets qui va arriver sur une communication plus globale. Mais en tout cas sur le paiement, sur la TVA ça peut vite...

Et derrière on voit, alors effectivement de base nous on voyait avant dans les premiers contrôles qu'on a subis au tout début, on voyait effectivement des contrôleurs qui étaient un peu balbutiants qui allaient vraiment essayer de comprendre un peu comment ça se passait. Majoritairement ils allaient avoir plus de compétences en région parisienne plutôt qu'en province. Dès que vous tombiez sur un contrôleur en province, bon il comprenait rien du tout à ce que vous faisiez. Mais c'est vrai que maintenant il y a une vraie montée en compétence des contrôleurs et ça va falloir quand même aussi se mettre à la page là-dessus parce qu'eux ils avancent.

[SG] Ouais, c'est ça. Les vérificateurs sont de plus en plus formés, on l'a déjà dit.

[AL] Tout à fait. Alors, ils sont de plus en plus formés. Il n'empêche qu'il y a quand même une incompréhension. Moi, ce que je constate au quotidien chez nos clients, par exemple, quand on ouvre un compte mais qu'on fait pas grand-chose dessus et puis presque qu'on l'oublie. Et mais en fait la pénalité qu'on risque c'est la même que si on avait un compte non déclaré extrêmement actif.

Donc ce que je veux dire par là c'est que les contribuables parfois se rendent pas bien compte qu'en ouvrant 3-4 comptes pour faire des tests, ça veut dire qu'on a autant d'obligations déclaratives que de comptes sans pour autant que ce compte soit réellement actif. Et on se retrouve dans des situations où 3-4 ans plus tard on a une demande d'information des services fiscaux sur le listing des comptes. Il y en a certains, les contribuables ne s'en souviennent même pas en fait. Donc il y a une incompréhension et je pense que justement il y a un manque d'information sur ce sujet.

[SG] Une incompréhension mais peut-être aussi une discipline à adopter de la part du contribuable qui s'informe via la crypto. C'est souvent une porte d'entrée vers le système monétaire, le système financier. C'est peut-être aussi par là qu'on va un petit peu discipliner ceux qui justement faisaient pas très attention à leurs comptes.

Et puis il y a cette situation qu'on a constatée en 2025 et puis il y a ce débat sur les finances publiques. Quel impact il pourrait y avoir sur la suite ? Qu'est-ce qui pourrait être adopté ? Qu'est-ce qui pourrait ne pas être adopté et où il y a pas de risque ? Par exemple Alexandre à mon avis sur la fiscalité crypto bouger tout de suite.

[AL] Tout ce qu'on a de spécifique à la crypto va pas bouger. Le fisc attend d'avoir plus d'informations et que DAC 8... on en parlera peut-être mais ça devrait rester constant. Ce qui peut changer, ça va être lié à la fiscalité du capital et donc au global, pas que crypto.

On peut avoir des évolutions du taux de la flat tax qui aujourd'hui est à 30 % de prélèvements sociaux compris et qui pourrait augmenter soit via une hausse des prélèvements sociaux, soit via une hausse finalement de l'impôt forfaitaire. La fiscalité du capital peut être impactée aussi avec les dispositifs exceptionnels comme la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus qui était censée durer 3 ans mais qui a je crois 12 ans aujourd'hui et la contribution différentielle sur les hauts revenus qui était censée durer 1 an et qui va probablement être reconduite.

Donc ça c'est sur le côté fiscalité du capital qui a augmenté globalement quoi qu'il arrive, ce qui est l'inverse de ce qui a été fait depuis 2017. Et la fiscalité du patrimoine. Évidemment, on a toujours le débat de l'assiette de l'impôt sur le patrimoine qui était jusqu'en 2017 circonscrite à l'immobilier et qui pourrait évoluer pour inclure ce que le législateur appelle des actifs improductifs. La crypto étant visée par le terme "fortune improductive"...

[SG] On en a parlé dans l'émission. Effectivement, ça c'est un concept. Là, j'aimerais qu'on revienne aussi sur l'utilisation des cryptos de façon plus générale par les entreprises. Ce que vous dites, c'est que vous avez constaté en 2025 que les entreprises étaient de plus en plus nombreuses à l'utiliser, de plus en plus nombreuses aussi à payer en crypto.

[LS] Ouais, exactement. Je pense que c'est l'avancée technologique des acteurs qui viennent d'ailleurs souvent sur ce plateau vous parler un peu de leur concept de paiement. Donc ça, désormais toutes les boîtes notamment qui ont des cross-borders commencent à l'utiliser dans un cadre de réduction de coûts. Ça va être aussi pour avoir une meilleure traçabilité même de certaines manières. Quand ils ont une bonne maîtrise sur la compta, c'est une compta qui est des fois plus facile aussi à faire.

Donc non effectivement il y a une hausse de cet intérêt là mais de prime abord toutes les entreprises vont surtout sur le placement d'excédent de trésorerie dans un cas de diversification. Et c'est pareil là à mon avis c'est tout le travail des exchanges qui commence à porter un petit peu ses fruits au niveau des entreprises parce que pour un exchange c'est plus intéressant d'avoir une entreprise comme client qu'un particulier étant donné que les montants engagés sont plus importants, les sommes sont plus importantes.

[SG] C'est ça, et aussi la récurrence est plus importante.

[LS] Et d'une certaine manière quasiment tous les exchanges vendent des produits de gestion pilotée et ça cette gestion pilotée c'est une charge aussi qu'on peut déduire sur l'entreprise. Donc c'est plus facile aussi pour eux de vendre ce type de service. Et donc c'est pour ça qu'ils commencent à cibler en soi aussi les entreprises.

[SG] Est-ce que là aussi on peut dire que les entreprises se sont vraiment mises à la crypto, qu'elles ont compris cet intérêt mais par contre dans le suivi de la fiscalité de leurs obligations, elles ont pas non plus pris toutes les bonnes pratiques à bras-le-corps en 2025 ?

[LS] Oui, je pense qu'elles ont d'abord été attirées par l'appât du gain, forcément. Donc du coup, c'est comme ça qu'elles y sont allées. Puis après, sous les conseils des fois de certains CGP qui leur ont conseillé aussi d'y aller, on voit aussi que la profession comptable commence aussi à développer beaucoup ce pan de CGP pour pouvoir avoir des revenus complémentaires. Donc c'est là où ils commencent aussi à en mettre dans les comptes de leurs propres clients.

Mais encore une fois, souvent sur internet, il y a énormément d'informations par rapport à la fiscalité des particuliers, mais très peu par rapport à la fiscalité des entreprises. Et nous dès qu'on commence à traiter la comptabilité d'un professionnel, ils se disent "Bon ben si je change pas mes cryptomonnaies en euros, j'ai rien à payer." Alors qu'en fait pas du tout. En entreprise, tous les mouvements crypto-crypto, crypto-euros font office d'un écart de conversion et donc derrière il faut le comptabiliser dans le bilan sur l'année N où la transaction a été effectuée.

Et ça même les comptables n'ont pas conscience de ça non plus parce qu'ils sont pas encore formés, ils commencent à y aller et cetera. Mais jusqu'à ce que les comptables soient formés, malheureusement ce type d'erreurs continueront à être dans les comptas et ça le fisc lui par contre il le pardonnera pas.

[SG] Mais il va falloir que vous mettiez à la formation tous autant que vous êtes. Vous allez avoir carrément une école de la fiscalité à ouvrir pour mettre tout le monde, que ce soit les comptables, les notaires parce qu'on parle aussi souvent de transmission dans les cryptos et ça c'est quand même aussi un aspect très compliqué des choses.

Si on se tournait pour la dernière partie de cette émission vers 2026, qu'est-ce qu'on va pouvoir constater ? Est-ce qu'il va y avoir par exemple déjà Stéphanie de plus en plus de contrôles ?

[SNA] Alors on peut prévoir de plus en plus de contrôles. Alors je dirais à partir de 2026 mais surtout à partir de 2027. En fait, on est en train de vivre une vraie transition parce qu'on passe d'un système purement déclaratif, c'est-à-dire le fisc est au courant de ce que les personnes déclarent, à un système où ce sont les plateformes qui vont être obligées de transmettre de l'information directement au fisc.

Et grâce à ces informations, le fisc va pouvoir faire des recoupements, vérifier s'il y a des incohérences entre ce qui est déclaré et les informations dont il dispose via ces plateformes. Et ça, ces informations là, elles vont être communiquées à partir de début 2026, mais elles vont concerner toutes les informations à partir du 1er janvier 2026.

Donc c'est pour ça que c'est très important de se mettre en conformité dès maintenant parce qu'en fait tout ce qui va se passer à partir du 1er janvier 2026, ce sont des informations en tout cas lorsqu'on parle de crypto sur plateforme qui vont être connues du fisc.

[SG] Et tout ce que vous aurez dit et surtout tout ce que vous n'aurez pas dit pourra être retenu contre vous et transformé en amende.

[SNA] En tout cas transformé en question et puis ensuite à voir si il y a des incohérences non justifiées effectivement qui donneront lieu à des sanctions.

[SG] Donc on se régularise, on déclare tout ce qu'on a à déclarer. Si on a ouvert de nouveaux comptes dans l'année, tout ça, il faut le remettre vraiment à jour. Qu'on soit d'ailleurs un particulier, qu'on soit une entreprise Alexandre.

[AL] Oui, tout à fait. Et surtout ça va permettre de réduire le coût du contrôle pour le fisc puisqu'il suffira de mettre en face une déclaration et les informations transmises par la plateforme. Donc le fisc pourra faire des contrôles ce qu'on appelle les contrôles sur pièces, c'est-à-dire au sein même du bureau et envoyer des lettres avec la note finale à régler. Et ça va lever un frein parce qu'aujourd'hui le contrôle fiscal sur les cryptos, il est quand même très coûteux.

Il faut envoyer un agent qui va passer plusieurs mois à éplucher le dossier, qui a un nombre de dossiers par année à gérer. Encore là-dessus sur ce genre de contrôle fiscal presque manuel.

[SNA] Tout à fait. Les agents doivent envoyer autant de demandes qu'il y a de comptes pour avoir des informations. C'est super compliqué et super long. Donc d'un point de vue rentabilité du contrôle, ça va tout changer pour le fisc.

[SG] Et est-ce que l'intelligence artificielle va changer les choses ? J'imagine que les agences commencent à s'en doter.

[AL] C'est déjà le cas. Ils doivent avoir plus de développeurs à mon avis que des grandes boîtes de la tech. [rires]

[LS] Oui. L'année dernière c'est la première année où le nombre de contrôles détectés par IA, par data mining, le service de Bercy était supérieur à 50 %. Donc plus d'un contrôle sur deux de l'année dernière était détecté via une IA interne.

[SG] Alors après, excusez-moi, mais vu la complexité des dossiers et des échanges et de tout ce qu'il y a à faire, est-ce que le droit à l'erreur fonctionne toujours ? Est-ce qu'on peut dire encore aujourd'hui Stéphanie "non mais c'est trop compliqué, moi j'arrive pas" à l'administration ?

[SNA] Alors on peut le dire. Alors c'est pas le droit à l'erreur en fait. Le droit à l'erreur c'est vraiment un droit qui consiste à dire spontanément "je veux me régulariser, j'ai pas fait l'objet d'un contrôle fiscal mais je viens avec ma bonne foi et je veux une régularisation. Je sens que je me suis trompée." Voilà en évitant les pénalités et cetera. Donc ça c'est un premier cas de figure mais quand il y a pas de contrôle.

Il y a un deuxième cas de figure qui est le contrôle où là on peut plaider la bonne foi pour réduire les pénalités et dans ce cas-là, voilà, on a la possibilité de discuter avec les services fiscaux, mais c'est une démarche qui est pas forcément spontanée, qui est plutôt en réaction. Mais en expliquant que la complexité ou le contexte de la personne dont on parle fait que l'obligation déclarative et le paiement de l'impôt n'ont pas été correctement faits.

[SG] Ce qui évidemment fait peur. On en parle beaucoup en cette fin d'année, c'est DAC 8, on a commencé à en parler. Loïc, concrètement, ça va entrer en vigueur en 2026. En tout cas, c'est à partir du 1er janvier 2026.

[LS] Donc effectivement ça rentre en vigueur. Il y avait un point sur lequel je voulais rebondir, c'est que je vois beaucoup sur les réseaux sociaux en ce moment certaines personnes qui sont même influenceuses dans le domaine qui sont en train de dire "et bien avant le 1er janvier 2026, transférez vite tous vos actifs vers des cold wallets."

[SG] Ah oui, j'ai entendu ça également.

[LS] Et comme ça vous fermez votre compte et terminé après ils auront plus accès. Mais en soi le fisc s'il vient vous contrôler aléatoirement ou même dans tous les cas si jamais vous voulez mettre des euros ou sortir des euros de la DeFi, vous êtes obligés d'avoir un compte, un compte en crypto, un exchange. Donc derrière quand le contrôleur va venir vous voir, lui il va pas s'arrêter, il va tirer la pelote de laine jusqu'à ce que vous lui donniez. Il va tirer jusqu'à ce qu'il arrive pas à retracer l'origine des fonds, vous dire "mais attendez ça vient d'où ça ?"

Donc ils vont tirer jusqu'au bout. Et donc ce concept là vaut mieux éviter d'y croire parce que pour le coup jusqu'au... enfin quand on tient le fil on trouve tout.

[SG] J'ai pas entendu ça uniquement pour se prémunir d'un contrôle mais plus par rapport aux données personnelles et à ce problème que DAC 8 pose effectivement en terme de données personnelles et de confidentialité. Vous nous rappelez quel est le problème à ce niveau-là Alexandre ?

[AL] C'est juste qu'en terme d'accumulation de données, ça va augmenter. Il va y avoir plus de données accumulées et plus de transfert de données. Donc forcément ça fait des points de risque supplémentaire mais bon ça c'est déjà le cas en matière financière. L'échange automatique d'information existe depuis longtemps dans la matière.

[LS] Qu'est-ce que ça va changer ? Il va y avoir certainement un peu une désanonymisation en soi de la blockchain. Donc après là ça c'est un problème quand on connaît le principe de la blockchain. C'est sûr que ça reste quand même un problème. Après bon là moi c'est surtout sur le sujet fiscal entre guillemets que voilà où moi ça m'intéresse parce que derrière il faut quand même faire attention à ce type de choses pour ne pas croire qu'on va être en toute sécurité vis-à-vis d'un contrôle si jamais on opère de la sorte.

Mais effectivement, après, je suis assez d'accord que pour la cybersécurité, il faut essayer de suivre certains processus que aujourd'hui certains consultants conseillent pour pouvoir se sécuriser au mieux sur ces données.

[AL] Et effectivement sur les cold wallets, il y a une vraie peur qu'on voit qui est dite, qui est que si toutes les données sont collectées par les plateformes et transmises automatiquement au fisc, on peut craindre surtout avec ce qui s'est passé et cetera, sur la sécurité des gros patrimoines crypto que ces données ne soient pas complètement sécurisées. Ça c'est une crainte qui est légitime à mon sens.

Moi ce que je pense c'est que le conseil qui consiste à dire "je pars en self-custody", on peut l'entendre mais pas exclusivement pour des raisons fiscales. C'est-à-dire que je pense que si on a quelque chose qu'on trouve pas très clair dans ce qu'on a fait sur le fiscal, il faut penser régularisation. Mais ça peut être effectivement un sujet de sécurité d'envisager de trouver une autre façon de conserver son patrimoine crypto que les exchanges.

[SG] C'est intéressant pour la partie effectivement conservation Loïc. Peut-être que la technologie aidera là-dessus. Je sais qu'il y a tout le concept de zero-knowledge proof par exemple qui va peut-être aider aussi là-dessus. J'avais pas mal parlé avec Nicolas Bacca, un ancien fondateur de Ledger qui travaille activement là-dessus et peut-être que le fait qu'on n'ait pas forcément besoin de voir l'identité de la personne via ce concept du zero-knowledge proof. Peut-être que ça pourra pallier d'une certaine manière à cette problématique là.

Bon, pour terminer, il nous reste 2 minutes. Qu'est-ce que vous appelez de vos vœux pour l'année 2026 pour un petit peu simplifier la situation dans le domaine des cryptos ? Alexandre ?

[AL] C'est en fait c'est tellement complexe que ça va être dur de simplifier les choses. Mais en fait DAC 8 ça va aussi être favorable en quelque sorte puisque ça va permettre à l'administration fiscale d'y voir plus clair, d'être plus en confiance sur la crypto. Aujourd'hui, il y a une suspicion quand il y a de la crypto parce qu'ils sont plutôt aveugles sur le sujet et puis il y a une volonté de lutter contre le blanchiment.

[SG] Voilà. Exactement.

[AL] Là ils auront toutes les informations des plateformes. Donc il y aura vraiment un secteur qui va montrer patte blanche à tous les niveaux réglementaires et fiscaux. Donc l'effet positif, c'est que le fisc va avoir une meilleure connaissance des cryptos, des flux qu'on peut recevoir, des revenus qu'on peut recevoir en crypto et ça va peut-être permettre de faire évoluer le régime pour que le calcul de la plus-value qui est extrêmement complexe soit plus simple.

Peut-être même mettre à la charge des plateformes l'obligation de délivrer un imprimé fiscal unique qui permettra au contribuable de seulement reporter une donnée dans une déclaration. Enfin, on peut imaginer plein de choses quand le fisc sera plus confiant sur la visibilité du secteur.

[SG] Stéphanie.

[SNA] Alors moi très clairement ce que j'appelle de mes vœux, ce serait une cellule de régularisation crypto avec des inspecteurs qui seraient formés au sujet et qui ont la capacité de répondre aux questions de nos clients. Parce qu'en réalité en dehors de la complexité dont on a parlé, il y a une incertitude sur la façon dont on doit traiter certains revenus en crypto et il y a beaucoup de nos clients qui aimeraient faire les choses très correctement, très proprement, mais les règles ne sont pas suffisamment claires dans le code général des impôts pour le faire.

Donc, je pense qu'une cellule de régularisation dédiée à la crypto, ça a aujourd'hui tout son sens.

[SG] Ouais. Et pour la clarification, c'est une bonne idée pour terminer Loïc.

[LS] Ouais, je pense qu'effectivement le maître mot, c'est la clarification parce que c'est un peu comme une poupée russe. C'est qu'à partir du moment où au niveau des impôts, c'est plus clair, pour les fiscalistes, c'est plus clair, pour les comptables c'est plus clair et donc on vient démystifier complètement au final le sujet.

Et moi je le vois quand j'échange avec des experts comptables, ce qui leur fait peur c'est qu'ils ne savent pas réellement comment on traite ça. Est-ce que je peux faire comme ci ? Est-ce que je peux faire comme ça ? Et donc si c'est plus clair tout de suite, ça aide même à la démocratisation parce que du coup tout le monde derrière se sent plus en confiance pour laisser son client aller là-dessus ou même que la personne aille là-dessus parce qu'elle sait comment elle va payer d'impôts en bout de ligne. Et comme ça au final ça aide la démocratisation forcément au global.

[SG] Plus simple à expliquer. Merci à tous les trois d'être venus dans cette émission spéciale de fin d'année 2025. Stéphanie Némarq-Attias, avocate fiscaliste et fondatrice de QOMIT. Loïc Santel, fondateur de Contact Crypto. Alexandre Lourimi, avocat associé chez Orwell. Merci à tous les trois et très bonne journée sur BFM Business.

Vous souhaitez optimiser votre fiscalité et sécuriser vos investissements ?