
Des échanges riches au sujet de la diversification des investissements cryptos avec Lilan Aliagan, de l’accès à la DeFi avec Stanislas de Maistre, et de fiscalité à l’approche de la clôture de la campagne annuelle de déclaration d’impôts.
Au-delà de la complexité déclarative des ventes de crypto – unanimement dénoncée par les acteurs du secteur – Stéphanie Némarq-Attias a défendu deux pistes d’amélioration fiscale concrètes :
1 - Clarifier les règles applicables aux activités, comme le staking, le prêt ou les airdrops
2 - Mettre en place un droit à l’erreur fiscale efficace et incitatif pour les crypto-détenteurs
TRANSCRIPTION - BFM CRYPTO : Obligations déclaratives des détenteurs de cryptos
BFM Business - 29 mai 2025
BFM Crypto, le Club avec Sandra Gandoin
Invités :
- Stéphanie Némarq-Attias, avocate fiscaliste spécialisée dans les cryptos et responsable juridique de l'association For Women in Crypto
- Stanislas de Mestre, General Partner chez BM Capital
- Lilian Aliaga, cofondateur de Haws Research
[Sandra Gandoin] Bonjour à tous, je suis ravie de vous retrouver. On est ensemble comme tous les jours jusqu'à 15h30. On va parler fiscalité, on est à deux petits jours de la fin de la période fiscale sur l'ensemble du territoire. On va parler aussi des altcoins, peut-être de la fin des altcoins qui sait, et de finance décentralisée.
Mes invités aujourd'hui : Stanislas de Mestre, General Partner chez BM Capital. Bonjour Stanislas, ravi de vous avoir dans l'émission. Stéphanie Némarq-Attias, avocate fiscaliste spécialisée dans les cryptos et responsable juridique de l'association For Women in Crypto. Merci beaucoup Stéphanie d'être avec nous. Et Lilian Aliaga, cofondateur de Haws. Bonjour Lilian. Ça fait un petit bout de temps qu'on s'est pas vu Lilian. On va commencer avec vous d'ailleurs dans un instant.
BFM Crypto, vous nous écrivez, vous nous posez vos questions. Vous savez qu'on essaie d'y répondre, que ce soit les questions de débutants ou les questions d'investisseurs qui s'y connaissent vraiment bien. On y répond jeudi entre 15h et 15h30. BFM Crypto le club. C'est parti.
[SEGMENT ALTCOINS - Lilian Aliaga]
[SG] Lilian justement je me tourne vers vous et vous nous parlez des altcoins aujourd'hui. Vous nous dites qu'en fait au-delà des altcoins, c'est de plus en plus difficile d'investir dans la crypto.
[Lilian Aliaga] Effectivement, c'est je pense le constat que se sont fait beaucoup de personnes ces derniers temps et je parle pas de difficultés à investir, à rentrer dans les cryptos puisqu'avec le nombre de plateformes qui se développent maintenant en quelques clics, on peut créer un compte et acheter ses premières cryptos.
C'est plutôt la difficulté à s'en sortir, à investir correctement et finalement être rentable sur ces investissements en crypto. Et je pense que ceux qui nous écoutent vont comprendre ce constat là puisque s'ils ont acheté des cryptos et particulièrement donc des altcoins, autre chose que Bitcoin sur les deux dernières années, ils doivent avoir quelques lignes en négatif dans leur portefeuille.
Et je trouve que c'est assez contradictoire parce que et on en parle souvent sur ce plateau, on sait que Bitcoin est pas loin de ses plus hauts historiques. Il a franchi d'ailleurs je crois son plus haut historique la semaine dernière, 112 000 dollars. Il est au-dessus des 100 000 dollars. On parle d'institutionnalisation. Les ETF Bitcoin spot ça se passe très très bien. On a de plus en plus d'entreprises qui se ruent pour acheter du Bitcoin et pour en accumuler en trésorerie. Et donc voilà, tout est positif pour Bitcoin.
Et pourtant, si on va un petit peu plus loin et on regarde le reste du marché des cryptos, c'est pas tant positif que ça. Il y a un indicateur qui le montre, c'est la dominance de Bitcoin. Le ratio, le fossé s'est énormément creusé. C'est le ratio en fait entre la capitalisation de Bitcoin et le reste du marché crypto.
Il me semble si je dis pas de bêtises, j'ai pas revérifié les chiffres mais en début 2022, on était aux alentours des 35 %. Aujourd'hui, on est quasiment à 65 % de dominance de Bitcoin. De capitalisation, le poids de Bitcoin par rapport au marché, ça veut dire que Bitcoin a écrasé le reste du marché.
Il a laissé finalement aucune place aux altcoins et donc on a très peu de performance. Et je crois même que sur ce cycle haussier de Bitcoin, on a une immense majorité des altcoins qui est en négatif. C'est quand même historique. C'est la première fois qu'on assiste à ce genre de choses et il faut en tant qu'investisseur se poser la question de pourquoi et se questionner sur comment est-ce qu'on peut améliorer nos pratiques d'investissement.
On est forcé de le faire. Et le constat qu'on a tiré avec mes associés de Haws Research depuis quelques mois, c'est que le marché a énormément changé. Il a évolué par rapport à 2021 et il a évolué dans un sens, c'est qu'on est passé dans un marché qui est saturé de nouvelles cryptos.
Il y a beaucoup trop de projets cryptos et on va pas je pense qu'on pourrait débattre des heures sur pourquoi est-ce qu'on en est arrivé là. Il y a plein de raisons. Il y a l'arrivée des fonds privés qui ont survalorisé énormément de projets crypto, qui ont aussi frustré énormément d'investisseurs à cause de cette bulle qui s'est créée sur les altcoins et qui a créé aussi énormément de mauvaises performances pour les cryptos parce qu'elles étaient décorrélées de la réalité.
Bref, on pourrait débattre de ça, mais le résultat est qu'on est dans un marché qui est saturé. Et donc, on a deux constats. On a d'un côté des projets qui ont du mal à se distinguer parce qu'il y a beaucoup d'autres projets à côté, ils ont du mal à attirer l'attention des investisseurs. Et de l'autre côté, on a des investisseurs qui peinent à trouver les projets qui sont vraiment intéressants et souvent quand ils investissent sur un projet pour x ou y raison, ben il s'avère que le projet ne réussit pas parce que c'est difficile pour eux.
Donc on a ces deux problèmes finalement des deux côtés et on est entré dans une forme de marché d'attention où l'attention est devenue finalement l'actif le plus précieux pour un projet et pour un investisseur. Et tous les projets cherchent à capter l'attention parce que quand tu captes l'attention, tu captes des investisseurs qui vont parler de toi sur les réseaux sociaux, dans les forums, autour d'eux.
On va avoir des nouveaux investisseurs qui vont acheter, le prix va monter et plus de gens vont en parler. Et c'est un cercle vertueux qu'on essaie de toucher quand on est un projet crypto. Et sauf que cette attention là, elle est rare, elle est difficile à capter. Donc dans ce marché de l'attention, finalement pour les projets, c'est compliqué et pour les investisseurs aussi, c'est pas facile de savoir où est-ce que va aller l'attention à court terme.
Et donc face à ce constat là, c'est pour ça que j'expliquais qu'il est devenu très compliqué d'investir en crypto parce qu'on a du mal à trouver les opportunités. Mais ça veut pas dire qu'elles n'existent pas ces opportunités, elles existent toujours et fort heureusement, parce que sinon ça fait longtemps que beaucoup de personnes auraient quitté le marché des cryptos.
On reste quand même, il faut le dire, dans un marché de spéculation avec beaucoup d'acteurs qui ne cherchent qu'une chose, c'est spéculer, faire de l'argent et cetera. Et puis on est aussi dans un marché d'innovation. Ça quand même, il faut le rappeler. Dans tous les altcoins qu'on a, on a quand même encore des projets intéressants qui innovent et qui proposent des nouvelles choses, tant mieux.
Mais pour trouver ces opportunités ça demande plus de temps, ça demande plus d'implication et on n'est plus au niveau de 2021 où tout montait et si on achetait un peu une crypto au hasard en s'étant renseigné quelques minutes, on avait des chances quand même de faire une performance parce que c'était 2021. Aujourd'hui, c'est différent.
Il faut y passer beaucoup plus de temps et c'est un peu la mission qu'on s'est donnée avec mes associés de Haws Research et avec notamment la V2 de la plateforme qui arrive bientôt, c'est vraiment de fournir notre expérience parce qu'on passe notre journée derrière l'ordinateur à essayer de capter ce qui se passe sur les réseaux sociaux et essayer d'en fournir le meilleur condensé pour ceux qui nous écoutent parce que quand on est un particulier qu'on travaille, on a pas le temps de passer des heures sur Twitter à essayer de comprendre ce qui anime l'attention.
[SEGMENT DEFI - Stanislas de Mestre]
[SG] Stanis de Mestre, vous êtes General Partner chez BM Capital, vous faites de la DeFi, de la finance décentralisée, donc la finance basée sur la blockchain. Qu'est-ce qui vous a poussé vers la finance décentralisée ?
[Stanislas de Mestre] Je rebondis sur ce que dit Stéphanie. Effectivement nous on voit bien qu'aujourd'hui la demande des investisseurs, elle est sur les trois plus gros assets : Bitcoin, Ether et USDC. En finance pour nous c'est USDC parce que c'est le seul stablecoin MiCA compliant en Europe.
Nous on travaille depuis 5 ans sur des stratégies avec notre partenaire MEV Capital que tu connais Lilian. On a plus de 800 millions d'actifs sous gestion et on a identifié depuis quelques années un intérêt croissant de la part des investisseurs institutionnels pour accéder à la DeFi. Et on a décidé de lancer un fonds réservé aux investisseurs qualifiés donc professionnels qui permet d'accéder à des stratégies de finance décentralisée dans un cadre réglementé et simple.
C'est-à-dire que vous n'avez plus besoin pour un investisseur professionnel aujourd'hui d'avoir un wallet, de connaître vos 24 mots, votre clé privée, on n'a plus besoin de gérer votre self-custody, ce qui était un frein très important pour un grand nombre d'investisseurs jusqu'à aujourd'hui.
Et on voit vraiment une institutionnalisation de la DeFi. Et donc on a eu un objectif, c'était de lier les deux mondes qui ne se connaissaient pas, le monde on-chain avec le monde de la finance traditionnelle. Et on a fait cette passerelle via un fonds régulé pour permettre aux investisseurs qui le souhaitent d'accéder à du rendement on-chain et de manière extrêmement liquide.
[LA] Pour connecter aussi avec le sujet de Bitcoin, justement parmi les tendances qu'on observe en ce moment, c'est justement l'arrivée des institutionnels dans la finance on-chain avec des nouveaux termes comme gestionnaires d'actifs on-chain, des grands projets qui veulent fournir des rendements assez stables et assez sécurisés sur du stablecoin pour des nouveaux acteurs institutionnels.
Et on a aussi le début de l'arrivée aussi de Bitcoin dans cette finance, c'est-à-dire utiliser ces bitcoins pour aller faire du levier et emprunter, utiliser ses bitcoins pour générer du rendement stable aussi. Et ça c'est poussé par des acteurs institutionnels.
Et c'est amusant de voir que ça fait longtemps que certains acteurs de la DeFi sur Ethereum essayent de faire venir le Bitcoin sur Ethereum pour générer des rendements mais les bitcoiners n'ont pas forcément envie de ça. Et c'est les acteurs traditionnels qui eux disent "Moi, j'ai du Bitcoin, j'ai envie de générer du rendement dessus." et qui poussent des acteurs comme vous et comme d'autres à essayer de proposer ce genre de produits là.
Et c'est ce qu'on constate, je trouve, en ce moment. Il y a de plus en plus de produits très intéressants qui sont en train de se construire et on essaie même d'ailleurs d'attirer des acteurs comme nous, des purs players cryptos, des utilisateurs de finance décentralisée pour essayer aussi de participer à tout ça et c'est assez intéressant.
[SEGMENT FISCALITÉ - Stéphanie Némarq-Attias]
[SG] L'institutionnalisation, c'est vrai que c'est le mot clé dans cette émission. Stéphanie, justement pour rebondir sur l'institutionnalisation, moi ce que je peux constater dans mon quotidien avec les clients que j'accompagne, c'est qu'en réalité l'institutionnalisation, elle a aussi pour conséquence de se poser des questions sur le plan fiscal.
[Stéphanie Némarq-Attias] En réalité, il y a plein de sujets justement comme la collatéralisation, c'est-à-dire le fait d'utiliser ces cryptos pour obtenir un prêt. Aujourd'hui, en fait, la fiscalité, elle est vraiment au cœur de toute la problématique parce qu'on continue à s'interroger sur quel est l'effet de mettre ces bitcoins ou ces cryptos en collatéral. On n'est pas encore complètement sécurisé sur tous ces sujets-là.
[SG] La certitude que le fisc n'y est pas non plus. C'est-à-dire que voilà, le problème est à la source. Il y a une telle mutation du secteur que même lui il a du mal à suivre sur ce que ça va donner au niveau fiscal dans quelques années.
[SDM] Stanis pour rebondir sur ce que dit Stéphanie, on voit nous vraiment chez BM Capital beaucoup de clients qui faisaient face à des voilà des peut-être des contrôles fiscaux ou même des questions de l'administration très complexes. On répond à un besoin. Nous et d'autres acteurs, c'est qu'aujourd'hui quand vous investissez dans un fonds DeFi qui est réglementé, ce fonds va gérer pour vous les différentes plus-values que vous allez faire sur différents assets et on va agréger tout ça dans une NAV donc une Net Asset Value.
Donc on va calculer votre plus-value en fonction des différents assets et derrière votre fiscaliste ou votre expert-comptable sera extrêmement content à la fin du mois puisque le travail aura été fait et donc le travail fiscal est déjà prémâché.
[SG] Ça veut dire que vous répondez à une problématique de rendement et donc c'est une autre façon de faire du rendement mais aussi à une sorte de question de complexité administrative, de complexité fiscale. Vous prenez le pack, vous faites tout et vous rendez le résultat à la fin.
[SDM] C'est pas si simple puisqu'on travaille avec de grands auditeurs qui font le travail d'audit, de calcul de plus-value et de NAV mais c'est un service effectivement qu'on rend à nos clients.
[SG] On va parler de fiscalité. On a commencé un petit peu à parler de fiscalité. Je vous ai déjà dit ma colère face à ce formulaire 2086. Lilian a également vécu cette expérience traumatisante. Stéphanie, c'est votre domaine. Il faudrait simplifier tout ça parce que là on sait qu'on est dans une année charnière et que l'année prochaine ça aura déjà changé parce que les plateformes vont fournir au fisc déjà ces opérations-là. Néanmoins, faut faire quelque chose là.
[SNA] Alors c'est vrai que la complexité administrative des déclarations fait qu'il y a un frein en fait à l'adoption à ce niveau-là. C'est piégeux. C'est piégeux. Alors justement moi ce que je constate au quotidien c'est qu'une fois qu'on a eu l'expérience de la 2086, on commence à se dire "au fond je vais faire beaucoup moins de ventes l'année prochaine parce que c'est vraiment trop compliqué."
Donc on se rend compte quand même comme la fiscalité drive quelque part les comportements de vente et les comportements d'investissement des contribuables en France. Ce qui est un petit peu dangereux en réalité parce que se poser la question "est-ce que je vends ou non parce que je vais avoir à déclarer" c'est clairement pas la bonne source d'une bonne prise de décision.
Donc c'est un premier problème. Moi ce que je constate en plus de cette complexité c'est qu'il y a des zones d'ombre sur certains sujets. C'est-à-dire que là on est en train de parler de la 2086 donc en fait c'est tout simplement la revente.
[SG] Oui c'est ça. C'est les plus-values, les moins-values. C'est ce que vous avez, c'est le bilan.
[SNA] Exactement. C'est le bilan à la fin de l'année des plus-values quand on sort en fiat. Mais en réalité, il y a beaucoup d'autres opérations sur lesquelles on ne sait même pas très clairement comment la fiscalité s'applique.
[SG] Les stablecoins, les airdrops.
[SNA] Exactement. Les airdrops, le fait qu'on nous attribue en tant que récompense parfois ou de façon un petit peu aléatoire des tokens. Aujourd'hui, on a une certaine incertitude sur la façon de le traiter fiscalement, la façon de le déclarer. Il y a d'autres sujets, on en a parlé, les prêts. Il y a aussi beaucoup de questionnements sur l'avenir des stablecoins. Comment on va en tenir compte dans la fiscalité en tant qu'actif numérique ?
Parce qu'il pourrait, il se pourrait très bien qu'aujourd'hui on puisse transférer nos bitcoins sur des stablecoins sans sortie et donc pas de fiscalité. Mais ça peut très bien changer dans 6 mois.
[SG] On est d'accord qu'ils peuvent le faire.
[SNA] Alors, a priori, s'ils le font, il faudra que ce soit justifié, mais c'est vrai que quand on lit le règlement MiCA, on commence à se poser de sérieuses questions et on se demande comment ça va se passer. Alors, c'est sûr que là, si on passe à une conversion en stablecoin comme fait générateur d'impôts, ça veut dire encore qu'il y aura encore plus à déclarer, encore plus de lignes sur votre 2086.
Donc ça bloquera sans doute l'utilisation massive et l'usage des cryptos.
[LA] À cette perspective, Lilian change de couleur parce que vous avez quand même eu une très mauvaise expérience comme moi. Mais si on change dans cette direction-là, je vais leur envoyer un classeur complet, je vais aller les déposer chez eux, je vais leur dire "épluchez ça pour moi."
Parce que les lignes que j'avais sur moi lors de ma déclaration quand on est acteur vraiment très actif en crypto qu'on va aller se placer sur des dizaines de blockchains comme on disait tout à l'heure sur des dizaines d'actifs avec des dizaines de transactions par jour parfois quand on va aller faire du farming d'airdrop ou du farming de rendement et cetera.
Comment est-ce qu'on déclare ça finalement ? Comment est-ce qu'on arrive à déclarer ça ? Et d'ailleurs, même ne serait-ce que même si on ne fait pas de cessions imposables, quand on fait ce genre de transactions là, quand on a réparti son argent sur divers portefeuilles et qu'on doit tous les déclarer, tous les regrouper, recalculer quel montant on avait à cette instant-là, ça devient tellement compliqué que effectivement parfois je me suis dit "je crois que je vais arrêter de d'aller me disperser, je vais garder mes fonds quelque part et je vais me calmer, c'est pas possible."
[SNA] Exactement. Ou je vais partir à l'étranger ou voilà. Idéalement, il faudrait quoi dans les mois, dès l'année prochaine, il faudrait simplement une clarification. Alors, aujourd'hui, en fait, on a des clarifications au cas par cas, c'est-à-dire qu'il y a certains contribuables qui font appel à des avocats fiscalistes comme moi pour aller interroger les services fiscaux et avoir une réponse ponctuelle sur leur activité.
Mais en fait, comme c'est au cas par cas, ces opinions de l'administration, elles ne sont pas diffusées. Alors qu'en réalité, ce dont on a besoin, c'est justement une diffusion de l'information et aussi de la formation fiscale. On le disait hier sur ce plateau justement qu'il y a très peu de jeunes qui savent que les gains en crypto doivent être déclarés et fiscalisés avec tout ce que ça peut avoir comme conséquence sur la déclaration des parents vu que les enfants sont de leur foyer fiscal.
En réalité la formation elle est essentielle. On parle souvent de formation dans la blockchain sur les aspects technologiques, financiers, mais en réalité la fiscalité aussi. Ça doit faire partie de cette formation là.
[SG] On n'est absolument pas formé à la finance déjà, très peu, même en école de commerce, ça vient extrêmement tard et encore moins à tout ça et à la fiscalité. Ça c'est vrai. Donc comment on fait ? Est-ce que c'est quand même un frein la fiscalité à l'adoption des cryptos de façon générale en France, on est à 10 %, on a baissé par rapport à l'année dernière dans l'adoption des cryptos. Ça peut être à cause de ça. C'est aussi par rapport aux arnaques évidemment et à la peur des arnaques. Mais néanmoins, c'est un vrai frein Stéphanie.
[SNA] C'est un vrai frein et en fait je pense quand même qu'il y a des choses à faire. Alors, d'une part, on en a parlé de la clarification, mais aussi moi, je rencontre très souvent des personnes qui ont fait des gains en crypto et qui se disent "Ah en fait, l'année dernière, j'avais pas conscience qu'il fallait déclarer comme ça, maintenant je le comprends et je suis prête à me mettre en règle et cetera, mais je ne sais même pas comment faire."
Et en fait, il existe en France ce qu'on appelle le droit à l'erreur. Donc c'est la possibilité de faire des déclarations rectificatives dans un certain cadre de façon spontanée pour justement se mettre en règle et aller de l'avant, se sécuriser, dormir sur ses deux oreilles quelque part.
Et je pense que ça doit être encouragé par les pouvoirs publics par exemple en réduisant les majorations ou en créant par exemple une cellule de régularisation comme ça a été le cas entre 2013 et 2017 pour les avoirs étrangers. Ça a permis vraiment de remettre tout à plat sur le plan fiscal et de permettre une adoption plus importante à mon sens de la crypto.
[SG] On disait sur ce plateau il y a quelques temps qu'il y avait pas mal de contrôles en plus sur les cryptos. Vous l'avez constaté, c'est une réalité alors que c'est hyper difficile à remplir. Ils ont en plus renforcé les contrôles.
[SNA] Ah oui, très clairement. Très clairement. Aujourd'hui, pour faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'État, la crypto est visée comme un sujet qui peut entraîner des redressements et donc je dirais des recettes pour les services fiscaux.
Alors, il y a quand même des discussions, on échange beaucoup avec les vérificateurs qui comprennent la complexité des choses. Néanmoins, quand il y a pas eu de déclaration alors que le gain est clair et net, ça donne lieu à des redressements.
[SG] Oui, il faut faire très attention à ce que vous faites cette année, faites-vous aider. Il y a aussi des plateformes pour ça, vous les avez déjà vues dans cette émission, ou se faire accompagner, on l'a dit, d'un avocat fiscaliste. En tout cas ne jouez pas l'autruche parce qu'avec l'administration fiscale ça marche pas très bien.
Merci beaucoup à tous les trois d'être venus. Stanis de Mestre, General Partner chez BM Capital, merci d'être venu dans l'émission. Stéphanie Némarq-Attias, avocate fiscaliste spécialisée dans les cryptos et responsable juridique chez l'association For Women in Crypto. Et Lilian Aliaga, cofondateur de Haws Research.
Vous pouvez revoir évidemment cette émission en podcast et en replay sur notre appli, sur notre site. Passez une bonne journée sur BFM Business. Tout de suite BFM Bourse.