
Au micro de Sandra Gandouin, Stéphanie Némarq-Attias s'engage :
"La fiscalité ne doit pas être un frein, mais bien un moteur pour favoriser l'innovation, investir et encourager nos talents à bâtir en France l'avenir du Web 3."
TRANSCRIPTION - BFM CRYPTO : L'écosystème Web3 en France
BFM Business - 5 février 2025
BFM Crypto, le Club avec Sandra Gandoin
Invités :
- Stéphanie Némarq-Attias, avocate associée chez DNA Partners
- Cyril Armange, directeur général adjoint de Finance Innovation
- Nathalie Janson, professeur associée d'économie à Neoma Business School
[Sandra Gandoin] Je suis ravie de vous retrouver, c'est BFM Crypto le club, soyez les bienvenus, on est en direct jusqu'à 15h30. Comment s'en sort notre secteur des cryptoactifs en France alors que MiCA vient de s'installer, que Donald Trump lui aussi vient de s'installer et compte alléger la réglementation de l'autre côté de l'Atlantique ?
Une étude sur le développement du web 3 nous invite à l'optimisme. On va en parler dans un instant avec Cyril Armange, directeur général adjoint de Finance Innovation. Merci d'être sur ce plateau. On parlera aussi de cette dynamique qu'il faut organiser au mieux, mettre en place une fiscalité incitative et non pas punitive.
Et alors que les institutions pendant ce temps-là, les institutions financières freinent encore des quatre fers, on va le voir. On va parler de tous ces sujets avec Stéphanie Némarq-Attias, avocate associée chez DNA Partners. Merci d'être sur ce plateau. Et Nathalie Janson qui est une habituée des plateaux de BFM Business, professeur associée d'économie à Neoma Business School.
On parlera aussi, ça vous intéressera peut-être aussi Cyril, de féminisation du secteur des cryptos et Dieu sait qu'on va en avoir besoin. Merci en tout cas d'être dans cette émission. Je vous rappelle l'adresse où nous écrire ou réagir : crypto@bfmbusiness.fr.
[SEGMENT ÉTUDE WEB3 - Cyril Armange]
[SG] On va commencer donc par cette étude qui nous parle du développement, il est intéressant d'ailleurs ce mot développement du web 3. On en parle avec vous Cyril Armange. C'est une étude qui a été faite sur 73 start-ups, 12 experts interrogés. Pourquoi vous avez lancé cette étude ?
[Cyril Armange] C'est la première du genre effectivement et l'idée c'était vraiment d'avoir un état de l'art de la santé en fait aujourd'hui de notre écosystème web 3 crypto en France. Il faut savoir que la pertinence d'un écosystème se mesure à travers ses talents, à travers son financement, à travers la collaboration entre les acteurs innovants et les acteurs traditionnels et les grands groupes.
Et l'idée c'était de faire un petit peu le point sur ce sujet-là et on a des chiffres intéressants qui sont ressortis de tout ça.
[SG] À l'initiative de Dorse 3, Finance Innovation, Stack Talent, l'ADAN qu'on avait hier, Laurent Veriot qui était sur ce plateau, et la Banque de Lubac et compagnie. Donc on en parle tous les jours dans cette émission, à coup de réglementation puis de bonnes nouvelles, le secteur subit des hauts et des bas. Mais le premier renseignement c'est que c'est un secteur réellement, même en France, en pleine expansion et les acteurs français y ont leur place.
[CA] Absolument. Il faut savoir qu'en France quand même on a un avantage comparatif sur ces sujets. Je me souviens de Bruno Le Maire qui voulait faire de la France le pôle du web 3 mondial en fait. Donc on a vraiment des avantages comparatifs que ce soit en terme de formation, que ce soit en terme également de solutions innovantes qui se développent.
L'enjeu aujourd'hui c'est de savoir comment on peut soutenir ces acteurs et surtout faire en sorte qu'une réglementation, qu'une compréhension également des acteurs politiques – on est souvent malheureusement dans l'approximation, on est souvent dans la caricature en fait du web 3.
Le web 3 c'est pas que les cryptos, c'est pas que les tokens mais c'est la technologie blockchain en fait. Donc c'est une nouvelle manière effectivement de se réapproprier la valeur des choses que nous exploitons, c'est la possibilité d'avoir de la traçabilité, des paiements beaucoup plus inclusifs, beaucoup plus transparents.
Et l'idée justement de cette étude c'est de montrer qu'aujourd'hui en France on a véritablement de belles pépites et qu'il faut les soutenir parce qu'il y a des sujets effectivement de souveraineté numérique qui sont associés à tout ça.
[SG] On a des champions, on a Ledger, on a Sorare dont on parle très souvent sur cette antenne. Il y a des levées de fonds importantes, ça veut dire qu'une partie de l'écosystème est mature.
[CA] Absolument, absolument. Il faut capitaliser sur cette partie de l'écosystème mais souvent c'est un peu l'arbre qui cache la forêt de bonsaï. Je me souviens quand les fintechs sont apparues en France, on avait un peu les mêmes soucis en fait. Donc c'est comment on arrive justement sur ces autres acteurs à les soutenir.
Parce qu'aujourd'hui il y a une réglementation qui se met en place, il y a des enjeux auxquels ils doivent faire face et notre rôle, notre ambition en tout cas chez Finance Innovation c'est d'accompagner ces acteurs pour qu'ils puissent avoir les moyens de se développer sereinement et de répondre effectivement au mille-feuille réglementaire aujourd'hui qui s'érige dans notre écosystème.
[Nathalie Janson] C'est intéressant. En fait c'est la partie qui est la plus intéressante, c'est que MiCA avec son entrée, compte tenu de ce qui se passe de l'autre côté de l'océan malheureusement en fait, pose des questions sur ce qui arrive. Et en fait c'est la plus grande incertitude et le casse-tête je pense pour toutes ces personnes et ces acteurs qui ont permis le développement.
C'est de se dire "mince, j'en ai encore plein qui voudraient arriver mais compte tenu du contexte réglementaire et de ce qui se passe de l'autre côté de l'océan, je ne suis pas sûr qu'ils aient envie de démarrer chez nous." Donc pour ce qui est de ceux qui sont là, je pense que voilà, ils ont payé le prix de la réglementation, ils se sont mis tout comme il faut comme on attendait d'eux. Mais qu'en est-il de ceux qui vont arriver et qui se trouvent devant cette situation compliquée ?
[Stéphanie Némarq-Attias] Oui, je trouve effectivement c'est essentiel d'avoir ce genre d'étude chiffrée qui nous donne des précisions claires sur l'écosystème non seulement pour montrer qu'il y a des projets très innovants, très prometteurs mais aussi pour montrer qu'on a des talents en France et qu'il faut les promouvoir et surtout pas les faire partir.
Et en ce qui concerne la remarque sur la réglementation, effectivement on pointe la réglementation comme un frein. Moi ce que je veux dire aussi c'est que le levier fiscal peut être soit un frein soit au contraire une incitation à rester en France, à attirer les capitaux, à attirer les talents. Et je pense qu'aussi il faut jouer sur ces deux leviers – réglementaire et fiscal – pour que la France garde une place prépondérante dans l'écosystème.
[SEGMENT FORMATION]
[SG] Oui c'est intéressant. Depuis quelques semaines et puis depuis le début de l'entrée en vigueur finalement de MiCA, on pointe les projecteurs sur ce mur réglementaire qui se dresse devant le secteur européen. Effectivement c'est intéressant de parler ici de talent, c'est intéressant de parler ici aussi de formation. Ça donne un espoir, un optimisme pour ce secteur en devenir finalement Cyril.
[CA] Absolument. 90 % des personnes interrogées pointent effectivement l'absence de formation sur ces sujets en fait. Donc effectivement aujourd'hui il existe des certificats délivrés par Alyra, la Blockchain Business School, par l'université Dauphine, par votre institution également Nathalie sur quelques points.
Mais aujourd'hui il y a un manque de talents en fait parce que c'est un domaine qui est technique, c'est un domaine qui évolue assez rapidement donc les barrières à l'entrée sont importantes. Et justement nos boîtes ont besoin de cette technicité pour pouvoir justement répondre aux défis de la compétition.
Et en plus comme on le disait, MiCA c'est quelque chose de très bien. Il faut rappeler que ça permet d'harmoniser des règles, ça permet de protéger les consommateurs. Mais pour des petites structures en fait, le pas justement à effectuer est consommateur de ressources financières, techniques, juridiques, fiscales. Et il faudrait peut-être développer une approche un peu plus adaptative pour ces structures pour pouvoir être compliant en fait.
[SG] Vous avez beaucoup parlé de la formation donc je vais vous poser la question, je l'avais prévue pour un peu plus tard Nathalie, mais c'est vrai que ce chiffre est intéressant. 90 % des répondants de l'étude considèrent que le web 3 est sous-représenté dans les écoles et les universités.
[CA] C'est intéressant et ça montre aujourd'hui le travail qu'on a à faire auprès encore une fois des autorités publiques parce que c'est un sujet. Le web 3 ce n'est pas que la crypto, c'est des sujets qui sont techniques, qui sont profonds, qui sont directement aujourd'hui intégrés à l'ensemble des outils financiers mondiaux.
C'est pour ça que les États-Unis aujourd'hui dérégulent. Ils ont compris qu'aujourd'hui c'est un avantage comparatif qui se dessine chez eux parce que la plupart des flux financiers d'investissement viennent de chez eux. Donc Trump au-delà du côté très sarcastique qui peut avoir, enfin il y a quand même des enjeux, des intérêts qui sont identifiés et l'idée c'est que les États-Unis deviennent tout simplement le hub en fait, le référent sur le web 3.
[SG] Oui, il est en train de monter une vraie machine, ça c'est certain. Juste au niveau de cette question de la formation, vous en donnez des formations, c'est un sujet qui est abordé ?
[NJ] Alors c'est un sujet qui est abordé mais effectivement il n'y a pas vraiment de cursus qui a comme spécialisation. Il y a, on a un cursus par exemple dans le PGE, dans le programme phare de l'école, effectivement en M2 il y en a qui vont se diriger vers ça s'appelle Finance de Marché Technologie donc on va l'aborder dans ce M2.
Mais d'abord ça veut dire qu'il faut arriver en M2 donc voilà, donc ça veut dire déjà que tous ceux avant qui ne sont pas intéressés par ces problématiques n'ont quasiment aucune occasion de le voir. Bon moi si certains me choisissent comme électif avant, je l'aborde dans un cours plus standard de système bancaire et monétaire parce que vu que c'est quand même un grand changement, il faut vraiment qu'ils comprennent. Moi je l'aborde mais c'est déjà du M1.
Et donc en fait il faudrait que ce soit évidemment dès les premières années. Certains programmes les ont mais disons qu'il n'y a pas vraiment de cursus. Et une des difficultés aussi qu'on voit, enfin il y en a plutôt deux, c'est déjà il faut que les profs de finances je dirais traditionnels comprennent exactement. Et tout le monde, alors on en a effectivement plus aujourd'hui, j'ai beaucoup de collègues qui ont aussi cette capacité à vulgariser, avoir de la pédagogie là-dessus, mais tous ne l'ont pas.
Et deuxièmement, même cela et même comme moi, moi j'ai une limite techno. C'est-à-dire que je comprends, j'ai, je comprends la majeure partie des choses mais en techno je ne peux pas avoir cette finesse de compréhension pour aller au-delà. Et là il faut en fait avoir une alliance avec effectivement des gens qui viennent de la tech exactement qui puissent venir éclairer sur cette partie là et c'est pas toujours facile à mettre en place. Mais c'est vrai que c'est un vrai enjeu et je pense que c'est urgent.
[SNA] Oui, je crois que les écoles d'ingénieurs sont un petit peu plus portées sur les sujets technologiques et donc sur cette éducation financière qui utilise la technologie, ce qui est un petit peu moins le cas des écoles de commerce qui gardent des bases classiques sur les enseignements.
Je pense que de toute façon il faut promouvoir cette éducation financière et cette éducation de l'investissement et ça concerne les cryptos mais ça concerne aussi tous les types d'investissement en réalité. Et il faut commencer très tôt et aujourd'hui en fait on a accès à travers des livres notamment à énormément d'informations vulgarisées donc c'est très accessible en tout cas ça le devient et il faut le dire.
[SG] Oui, c'est vrai que c'est important l'éducation financière mais il y a quand même une question, un enjeu pour l'avenir d'aborder ces sujets avec les jeunes générations ne serait-ce que justement pour le développement de ce secteur. Dans votre étude on dit que la moitié des entreprises interrogées ne sont pas rentables.
Si les jeunes se mettent à faire ça de plus en plus tôt, si ce système commence à arriver de plus en plus tôt dans leur carrière, bref si c'est pris plus tôt, là on a l'impression d'être toujours un peu en retard, forcément ça va un peu changer les choses.
[CA] Oui c'est vrai que c'est un peu malheureusement le constat qu'on fait à chaque rupture technologique, que ce soit sur l'IA, demain sur le quantique. On fait toujours un petit peu le même constat du retard qu'on a parce qu'il manque des investissements, parce qu'il y a pas la formation, parce qu'il y a de la frilosité de la part des acteurs de l'écosystème pour intégrer l'ensemble de ces technologies.
Donc oui, commençons par surtout l'éducation parce que la France encore une fois il y a une vraie reconnaissance de sa spécificité, de son excellence sur ces sujets. On a beaucoup d'acteurs français qui s'exportent dans les hubs que ce soit en Asie, aux États-Unis, parce qu'effectivement il y a plus de facilité, parce qu'il y a une maturité qui est différente.
Mais c'est vrai que c'est un sujet aussi pour les pouvoirs publics à l'heure où on vote les budgets pour comprendre aujourd'hui qu'encore une fois en France on a tous les éléments qui nous permettraient d'être leader en Europe sur ces sujets. On a tous les éléments.
[SEGMENT RÉGLEMENTATION]
[SG] Mais ça pose quand même très clairement la question de cette différence de traitement entre ce qui se passe aux États-Unis depuis janvier et ce qui se passe en Europe depuis janvier justement. C'est vraiment on est aux deux extrémités d'une même affaire et c'est vraiment on va prendre un retard considérable.
Je posais la question hier à Laurent Veriot sur est-ce que 2025 allait être une année charnière ou une année grise où il allait rien pouvoir se passer à cause de ces réglementations, de cette demande finalement de certification, tout ça. Est-ce qu'on va perdre encore du temps à cause de tout ça Nathalie ?
[NJ] Bah oui, c'est la grande question. D'ailleurs je commençais justement un cours sur ce sujet et c'est ce que j'ai dit aux élèves. Je disais "Vous êtes dans une année passionnante parce qu'il y a 2 ans je me rappelle avoir commencé le cours en disant en France on pense que l'instabilité réglementaire américaine va jouer en faveur de l'Europe et de MiCA."
Et aujourd'hui je commence mon cours avec l'inverse, c'est-à-dire qu'aujourd'hui on craint que la stabilité réglementaire européenne fasse peur parce qu'on se dit que par rapport à ce qui va se jouer aux États-Unis, on va peut-être, ça va être too much par rapport à ce qui va pouvoir se jouer dans le développement. Donc c'est incroyable.
[SNA] C'est tout à fait vrai. Après je pense que la situation est quand même différente par rapport à il y a un an parce qu'il y a de plus en plus d'acteurs institutionnels qui viennent sur ces sujets crypto, qui s'y intéressent. Et aujourd'hui je pense qu'il faut une alliance entre les acteurs de la TradFi et l'écosystème crypto.
Et on le voit, il y a des initiatives quand on voit par exemple Société Générale Forge avec sa branche crypto, c'est la preuve que malgré la réglementation il y a un mouvement pour accélérer la croissance dans cette finance.
[SG] Oui évidemment il y a des acteurs qui voient de l'intérêt tout à fait. Mais il y a les institutions qui freinent des quatre fers. Christine Lagarde qui est pas d'accord, qui veut pas de ces cryptoactifs et du Bitcoin de façon générale dans les réserves stratégiques. Il y a le FMI qui fait une sorte de chantage au Salvador pour accorder un prêt d'1,4 milliard. Enfin tout ça fait qu'on voit bien que les institutions freinent terriblement des quatre fers.
[NJ] Mais en fait on a l'impression d'être effectivement dans une situation, enfin c'est vraiment de la schizophrénie parce que d'un autre côté, on vient de souligner que voilà Forge, les banques effectivement commencent à se... Je lisais aux États-Unis pareil, les banques de Wall Street vont être, enfin on va leur donner la possibilité d'avoir des activités crypto. Donc là pas seulement d'avoir des clients qui possèdent des cryptos mais vraiment des activités crypto.
Donc on se dit effectivement il y a quelque chose qui va pas en Europe. On peut pas continuer dans cette schizophrénie avec une Christine Lagarde qui continue à nous donner les refrains de "Bitcoin c'est pas bien, c'est l'argent du crime." Enfin je veux dire là on est complètement, on est yoyos quoi.
Je veux dire à un moment donné faut arrêter. Et d'un autre côté on voit tous les jours, d'ailleurs c'était très drôle, après la nomination de Trump le lendemain c'était le responsable de la Banque centrale tchèque qui faisait sa sortie sur les réserves en Bitcoin. Là on a eu, il y a un groupe en Suisse qui pousse pour un référendum pour poser la question à la Banque nationale suisse pour avoir une réserve en Bitcoin. Hong Kong, la Pologne et le Brésil aussi, le Brésil également qui a dit qu'il allait lui aussi.
Donc on se dit bon, faut, alors je sais bien que c'est pas parce que tout le monde saute qu'on va tomber dans la mode mais peut-être qu'il y a quand même quelque chose derrière ce train, c'est peut-être révélateur de quelque chose. C'est schizophrénique en tout cas, ça vous l'avez dit effectivement.
[SEGMENT FISCALITÉ]
[SG] Stéphanie, on va parler de la fiscalité. C'est vrai qu'on a failli, c'est passé comme ça, le, le, le... pour un mauvais weekend.
[SNA] Ouais, au final ça a été plutôt, cette fiscalité qui a failli être encore plus punitive finalement ne le sera pas. Est-ce que vous pourriez expliquer ce qui s'est passé ?
Oui tout à fait. En fait on a eu un projet de loi de finances pour 2025 la semaine dernière donc adopté par le Sénat qui indiquait une modification dans l'assiette de l'impôt sur la fortune. Donc aujourd'hui l'assiette de l'impôt sur la fortune c'est uniquement l'immobilier.
Et ce que souhaitaient faire les sénateurs à travers ces amendements c'est introduire d'autres actifs appelés actifs improductifs. Donc là déjà il y a un vrai sujet. Dire que les cryptomonnaies c'est un actif improductif, c'est à mon avis une méconnaissance de ce que c'est que cette classe d'actifs.
[SG] Parce que ce serait pas basé sur du travail en l'occurrence, c'est ça ?
[SNA] C'est l'un des arguments qu'avance Daniel Breuiller oui. Après dire qu'investir dans l'immobilier locatif c'est productif mais pas dans les cryptos, bon il faut essayer de comprendre les points de vue de chacun.
Néanmoins il y a un vrai sujet de faisabilité et là je pense que ça n'avait pas été étudié en amont en fait. L'impôt sur la fortune c'est une photographie de votre patrimoine au 1er janvier de l'année. Or dans le cas des cryptomonnaies vous pouvez très bien avoir un patrimoine au 1er janvier qui dépasse le seuil pour être éligible mais le 2 janvier du fait de cette volatilité inhérente ne plus être dans le champ.
Autrement dit ça peut signifier que vous devez payer un impôt sur des actifs que vous ne détenez plus. Donc ça crée une situation d'absurdité qui pourrait conduire même à vendre immédiatement et dans un climat défavorable vos cryptos, être taxé sur la plus-value de vos cryptos, tout ça pour payer votre impôt vu que vous ne pouvez pas payer votre impôt en crypto.
Donc là on voit bien que le texte n'avait pas forcément été parfaitement paramétré par rapport à la réalité de cet actif.
[SG] Bon heureusement ça n'est pas dans le texte en l'occurrence, ça n'en fait pas partie. Vous parliez de fiscalité incitative. Bon c'est mettre un petit peu d'optimisme dans la fiscalité. Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
[SNA] Tout à fait. Alors on peut très bien imaginer une fiscalité qui n'est pas punitive, qui ne consiste pas simplement à prélever une partie de votre patrimoine mais au contraire à vous dire si vous réinvestissez vos plus-values dans l'activité économique – ça existe déjà ce type de dispositif – et bien vous bénéficiez d'un report d'imposition.
Ce qui peut encourager en réalité les détenteurs de crypto à vendre, à réinvestir, à réinjecter de l'argent dans l'écosystème crypto ou non d'ailleurs. Le fait est qu'il faut réinjecter dans l'économie française pour la croissance.
[SG] C'est terrible parce que depuis que je fais cette émission depuis quelques semaines, les cryptos et Bitcoin en Europe c'est réglementation, fiscalité, point. C'est ça en fait nos sujets en ce moment, c'est ça. Et c'est très dommage parce qu'effectivement on parle pas d'innovation, on parle pas de croissance, on parle pas de potentiel alors que les Américains c'est de ça dont ils parlent.
[CA] Absolument. C'est vrai que et on parlait tout à l'heure, pour moi il y a un sujet d'éducation qui est fondamental. Plus de 60 % des Américains sont habitués à boursicoté donc déjà il y a un sujet de culture générale et culture financière comme vous disiez.
L'exemple qui est donné aujourd'hui c'est que le texte sur la fiscalité n'était pas forcément bien cadré et aujourd'hui je pense que nos politiques malheureusement ne comprennent pas les tenants et aboutissants de tout ça. Donc peut-être il y a un travail aussi pour des acteurs comme Finance Innovation d'éducation, de pédagogie parce que c'est important.
Mais c'est vrai que les Américains ont une vision de marché, d'innovation et une vision concrète alors que malheureusement nous Européens on est encore effectivement sur ces sujets de réglementation.
[SG] Et partout ailleurs ceux qui voudraient, on a l'impression qu'ils sont empêchés, qu'ils sont rappelés à l'ordre Nathalie Janson finalement à la moindre occasion. Je parlais du Salvador tout à l'heure, c'est un exemple très lointain. Mais même les entreprises qui voudraient peut-être essayer, les commerces qui voudraient peut-être faire des cas d'usage, l'immobilier, tout ça ce sont des initiatives individuelles.
On en voit, on voit Cannes qui veut utiliser de l'Ethereum, on voit des villes qui veulent faire des achats comme ça d'immobilier. Il y a des tests, c'est ça reste un peu au niveau du test pour le moment. Tout ça est freiné.
[NJ] Oui, complètement. Donc en effet vous avez eu quelques sorties comme David Lisnard à Cannes qui a dit qu'il voulait être la ville de la crypto parce que voilà il s'est dit que pourquoi pas essayer de lancer quelque chose d'innovant. Surtout qu'on voit bien avec aussi l'initiative du Printemps que dans des lieux de commerce où on a beaucoup de tourisme étranger, alors c'est pas pour les Français en fait, c'est parce qu'on a une clientèle étrangère que ça a du sens. Autant en profiter.
Mais c'est vrai qu'on voit qu'il peut y avoir un intérêt mais qui est freiné. Et que dans ces circonstances on a une clientèle étrangère, on va pouvoir y aller parce qu'on sait qu'on va pouvoir compter sur ces personnes qui elles ne vont pas réfléchir à passer en fait à utiliser effectivement ces cryptos en paiement.
Parce qu'en effet en France, si vous parlez à des gens du système, ils vous diront toujours que beaucoup sont prudents parce qu'ils ont peur du fisc. Alors voilà, ils ont peur du fisc au cas où ils transforment en achat. Et ça c'est vraiment, si vous parlez à des personnes qui sont très actives dans le système, ils vous le diront tous. Ils vous diront effectivement le principal frein c'est l'inquiétude. On a l'impression qu'il y a le fisc derrière vous et s'il voit que vous avez monétisé, ça y est il va venir vous saisir.
[SNA] Et c'est la réalité en fait parce qu'il y a l'inquiétude et il y a aussi la lourdeur administrative. Parce qu'en fait à partir du moment où vous faites un achat en crypto vous devez calculer votre plus-value et la déclarer l'année suivante. Donc c'est vrai que si vous achetez une baguette de pain et que vous devez à chaque fois calculer votre plus-value, ça freine un petit peu l'utilisation de votre carte de paiement.
[NJ] Effectivement. Ça ne sera pas le cas effectivement des clients étrangers, des casinos Partouche qui ont aussi annoncé qu'ils voulaient. Donc là c'est vraiment...
[SG] Exactement. Donc là il y a aucune surprise, c'est-à-dire que à part des endroits où il y a beaucoup d'internationaux, je ne vois pas effectivement pour la France moyenne. Je pense que le sujet peut s'adresser parce qu'effectivement les clients ont pas envie de le faire pour le moment.
[SEGMENT FÉMINISATION - EWiC]
[SG] On est dans une situation quand même assez inconfortable. Je voulais aborder parce que ça passe très très vite, il nous reste 6 minutes, ce thème des femmes dans la crypto que vous portez Stéphanie. Vous voulez finalement, quelle est l'idée ? Élargir cette communauté qui est connue pour être effectivement très masculine ?
[SNA] C'est une communauté très masculine effectivement. Peut-être que c'est lié à l'histoire, c'est que effectivement les profils tech sont plus masculins à l'origine et puis l'éducation financière c'est masculin quoi qu'il arrive je vous dirais.
Alors moi c'est vrai que je ne crois pas à un stéréotype, c'est celui qui dirait que les femmes sont plus averses au risque. Ça je pense qu'en fait c'est plutôt une question d'éducation financière.
[SG] Mais c'est pas l'argent peut-être ?
[SNA] Oui voilà c'est ça. Maintenant une fois qu'on a dit ça, je pense qu'il faut se mettre en action, il faut s'engager. Et c'est ce qu'on fait avec EWiC France qui est donc la branche française d'EW Global, une association, Association for Women in Crypto qui a justement pour but de promouvoir les femmes, d'éduquer les femmes à cet écosystème.
Alors je précise quand même que cette association elle regroupe des hommes et des femmes, tout le monde est bienvenu. Elle regroupe aussi des acteurs de la finance traditionnelle et de l'écosystème crypto parce que l'idée c'est vraiment de rassembler.
Et le but c'est un, l'éducation, le réseautage parce qu'aujourd'hui c'est essentiel d'avoir un bon réseau pour croitre dans cet écosystème. Et puis c'est aussi le mentorat parce que c'est important d'avoir des rôles modèles féminins pour se projeter.
Nous on parle beaucoup aux étudiantes qui nous disent "en fait je vois pas bien quels sont les métiers qui seraient pour moi dans ce domaine." Il y en a plein et il y en a de plus en plus que ce soit en compliance, dans les technologies, dans le droit, j'en suis la preuve. Et le but c'est vraiment de dire que tout le monde peut comprendre, tout le monde peut s'impliquer et nous on est là justement pour donner l'accès aux femmes.
[SG] Ça va prendre beaucoup beaucoup de place dans les années qui viennent dans notre économie.
[NJ] Oui, tout à fait. Je discutais justement avec un collègue qui lui aussi fait un cours crypto plutôt côté droit et qui me racontait une anecdote du semestre dernier où effectivement il a fait un sondage dans sa classe et ça n'a pas manqué, c'est les 10 jeunes filles qui étaient dans sa classe ont dit qu'elles ne voulaient pas, enfin elles étaient pas du tout favorables au Bitcoin contre les garçons qui majoritairement étaient plutôt ouverts.
Et donc alors pareil il m'a répondu la même chose, il m'a dit "Non mais je peux pas croire que les femmes soient toutes averses au risque." Bon faut passer à autre chose. Alors moi j'ai une petite autre explication, peut-être parce que je suis plus âgée j'en sais rien et puis que j'ai des enfants à la fois fille et garçon.
Je pense aussi qu'il y a un problème de ce nouveau système, il a quelque chose d'effectivement de disruptif donc il va compromettre les règles. Et effectivement on a quand même une plus grande, pas obéissance mais on est plus rule compliant quand on est, enfin les filles sont plutôt rule compliant que les garçons. En tout cas moi c'est ma faible observation de chez moi.
Et donc elles ont plus de mal à entraver les règles et comme le Bitcoin c'est un peu sulfureux comme sujet, elles y vont pas spontanément. Maintenant ça veut pas dire qu'effectivement une fois que c'est expliqué, certaines effectivement passent le pas. Mais il y a un peu de ça dans en tout cas l'attractivité avant.
[SNA] Ouais, je vous confirme qu'une fois que c'est expliqué c'est bon, ça y va. Aucune raison. Et tout à fait d'accord avec Nathalie mais c'est vrai qu'il y a un peu ce préjugé autour des cryptos. C'est la culture des Bros, voilà c'est très masculin.
[SG] Que ça s'arrête à ça c'est ça.
[SNA] Et c'est vrai que sur ces sujets là on l'a vu déjà avec les fintechs, avec le secteur financier de façon générale, les femmes sont très peu représentées.
[CA] Et je lisais des recherches académiques qui montraient que sur l'apprentissage des sciences dures en fait malheureusement il y avait une espèce de mur de verre où les femmes n'étaient pas promues pour ce genre d'étude. C'était plutôt le droit, plutôt le marketing, plutôt ce genre de choses.
Et ça effectivement il faut je pense des rôles modèles. Aujourd'hui le secteur financier on en comporte beaucoup et c'est l'occasion effectivement de vraiment se dire que ce secteur doit se féminiser.
[SG] C'est très important. Faut les prendre par la main. Il y a un vrai aussi enjeu de développement économique avec l'arrivée des femmes dans...
[SNA] Tout à fait. Et je pense que ça a été identifié justement par les grands acteurs qui d'ailleurs soutiennent EWiC aujourd'hui. On a la BPI qui soutient l'association, on a des entreprises comme Meria, comme Circle, comme Société Générale Forge qui disent vouloir justement participer à cette démocratisation auprès des femmes.
Parce que les femmes apportent quelque chose d'autre dans l'innovation, dans la croissance et que très clairement c'est favorable pour l'ensemble de l'écosystème et non pas uniquement pour les femmes en bout de course.
[SG] Ouais c'est ça, il y a des métiers, il y a des carrières et c'est vrai que c'est intéressant. Le mot de la fin Cyril.
[CA] Ben oui sur la féminisation je pense que c'est important d'avoir des rôles modèles. Je pense notamment à la Banque de Lubac qui a participé à cette étude avec Audrey Traverse qui vient d'être associée à la banque. Je sais qu'ils ont un programme justement sur ce sujet donc à mon avis il y aura des choses à faire.
Je pense qu'il faut quand même qu'on ait des choses positives à ressortir de cette étude. On a le potentiel, je pense qu'il faut avoir une stratégie encore une fois qui soit adaptée effectivement à nos futurs champions. Mais l'Europe avait de l'avance sur ce sujet, essayons de le garder même si ça va être très compliqué je vous l'avoue.
[SG] Je garde votre optimisme en moi parce que vraiment on veut y croire mais c'est vrai que tous les jours c'est pas facile à défendre face à ce mur américain. Des événements justement sur EWiC et à garder en tête ?
[SNA] Oui, en ce moment on a un concours justement en partenariat avec Société Générale Forge destiné à la fois aux professionnelles et aux étudiantes. Et à la clé une journée de découverte des métiers de Société Générale Forge et du mentorat. Donc c'est probablement notre première action, il y en aura énormément d'autres à l'avenir.
[SG] Vous viendrez en parler sur ce plateau.
[SNA] Tout à fait, avec plaisir.
[SG] Merci à tous les trois. Stéphanie Némarq-Attias, avocate associée chez DNA Partners, Nathalie Janson, professeur associée d'économie à Neoma Business School, Cyril Armange, directeur général de Finance Innovation. Merci à tous les trois d'être venus sur ce plateau.
Émission à retrouver en podcast et en replay. Vous nous écrivez aussi, vous nous posez toutes vos questions que vous soyez homme ou femme et on y répond demain. Demain c'est une journée spéciale, on répond à vos questions. Notre adresse crypto@bfmbusiness.fr. Je vous laisse entre les mains de Guillaume Sommerer pour BFM Bourse. Très bonne journée.