
Pendant près de vingt ans, le guide de référence de l’administration fiscale en matière d’évaluation des entreprises était resté inchangé.
La Direction générale des finances publiques a publié une nouvelle édition en juin 2026.
À première vue, le document ne contient aucun développement spécifique consacré aux cryptoactifs.
Pourtant, les principes qu’il énonce concernent directement les entreprises détenant des cryptoactifs, qu’il s’agisse de holdings patrimoniales investies en bitcoin, de sociétés utilisant des stablecoins pour leur trésorerie internationale ou d’entreprises développant des activités dans l’écosystème blockchain et Web3.
Les enjeux dépassent largement les seuls acteurs de la crypto. Une valorisation d’entreprise intervient notamment à l’occasion d’une donation, d’une succession, d’une cession de titres, d’une levée de fonds, d’une restructuration ou d’un contrôle fiscal.
Dans ce contexte, plusieurs questions deviennent centrales : comment valoriser une société détenant du bitcoin ? Comment apprécier une trésorerie en stablecoins ? Comment tenir compte de la volatilité des cryptoactifs ou de la valeur d’actifs incorporels propres au secteur blockchain ?
Le nouveau Guide apporte plusieurs enseignements.
La première évolution est probablement la plus importante.
L’administration rappelle qu’une valorisation ne peut plus résulter d’une simple application mécanique de méthodes financières. Elle impose désormais un véritable diagnostic stratégique et financier préalable, destiné à comprendre le modèle économique, le secteur d’activité, les facteurs de risque et les perspectives de développement de l’entreprise.
Pour une entreprise détenant des cryptoactifs, cette étape devient déterminante.
Deux sociétés affichant exactement le même chiffre d’affaires peuvent présenter des profils de risque radicalement différents selon qu’elles exploitent un protocole DeFi, développent un logiciel SaaS utilisant la blockchain, détiennent une trésorerie en bitcoin ou utilisent des stablecoins comme outil de paiement international.
Le contexte technologique, réglementaire et économique devient ainsi une composante essentielle de la valorisation.
Depuis quelques années, certaines sociétés ont fait le choix de conserver une partie de leur trésorerie en bitcoin ou en autres cryptoactifs.
Le Guide rappelle que la valeur patrimoniale doit tenir compte de la réalité économique des actifs existant à la date de la valorisation, y compris lorsque les derniers comptes ne reflètent plus fidèlement la situation de l’entreprise. Les événements intervenus entre la clôture des comptes et le fait générateur doivent être intégrés lorsqu’ils sont significatifs.
Dans l’univers crypto, cette précision prend une importance particulière.
Une variation de plusieurs dizaines de pourcents du bitcoin entre la clôture des comptes et une donation, une succession ou une cession de titres peut modifier profondément la valeur de l’entreprise.
Autrement dit, la photographie comptable ne suffira pas toujours.
Une évolution récente mérite également d’être soulignée. De plus en plus de sociétés choisissent de conserver une part significative de leur trésorerie en bitcoin, non comme un simple placement, mais comme un véritable actif stratégique. Inspiré de certaines sociétés cotées américaines, ce modèle soulève des questions inédites : la valeur de l’entreprise doit-elle être appréciée principalement au regard de son activité opérationnelle ou de la valeur de son portefeuille de cryptoactifs ? À mesure que cette pratique se développe, ces interrogations devraient prendre une importance croissante lors des opérations de transmission, de cession ou de restructuration.
De plus en plus d’entreprises utilisent des stablecoins pour régler leurs fournisseurs étrangers ou centraliser leur trésorerie internationale.
Comptablement, ces actifs figurent souvent parmi les actifs circulants.
Économiquement, leur fonction se rapproche parfois davantage d’une trésorerie immédiatement mobilisable.
Le Guide insiste justement sur la nécessité de distinguer les actifs nécessaires à l’exploitation des autres éléments patrimoniaux et d’apprécier la structure financière réelle de l’entreprise.
Cette analyse pourrait conduire, selon les circonstances, à traiter différemment des stablecoins utilisés quotidiennement comme outil opérationnel et des cryptoactifs conservés dans une logique d’investissement.
L’une des nouveautés du Guide est l’importance accordée aux actifs incorporels.
L’administration rappelle que la valeur d’une entreprise ne se limite pas aux éléments inscrits au bilan. Elle invite à identifier les savoir-faire, la technologie, les données, la propriété intellectuelle, les licences, la clientèle ou encore la réputation.
Pour les entreprises du secteur blockchain et Web3, cette observation est essentielle.
La valeur provient souvent davantage :
Ces éléments peuvent représenter l’essentiel de la valeur économique alors même qu’ils apparaissent peu, voire pas du tout, dans les comptes.
Le Guide confirme la priorité donnée aux transactions comparables lorsqu’elles existent et, à défaut, recommande une combinaison de plusieurs méthodes plutôt qu’un raisonnement fondé sur un seul indicateur.
Cette approche paraît particulièrement adaptée aux entreprises détenant des cryptoactifs.
Les multiples observés lors des levées de fonds ou des acquisitions peuvent être difficiles à comparer en raison de modèles économiques très différents, d’une réglementation encore récente et d’une forte volatilité du secteur.
Dans de nombreux dossiers, il sera donc nécessaire de justifier soigneusement le choix des méthodes retenues et les pondérations appliquées.
La valorisation d’une entreprise ne détermine pas seulement un prix de cession. Elle constitue également l’assiette de nombreux impôts, notamment en matière de donation, de succession, de plus-value ou de droits d’enregistrement.
Une sous-évaluation insuffisamment justifiée peut conduire l’administration à retenir une valeur supérieure et à procéder à un redressement. Au-delà des droits supplémentaires, le contribuable s’expose aux intérêts de retard et, selon les circonstances, à des majorations.
Ce risque est encore plus sensible lorsqu’une société détient des cryptoactifs. La volatilité des marchés, la difficulté d’identifier des comparables réellement pertinents et l’importance croissante des actifs immatériels rendent l’exercice de valorisation particulièrement délicat.
En pratique, le véritable enjeu n’est pas seulement de retenir une valeur, mais de pouvoir démontrer pourquoi cette valeur était justifiée au jour de l’opération.
Un rapport de valorisation solide permettra notamment de documenter :
Dans un contexte où les contrôles portent de plus en plus sur la qualité de la justification apportée par le contribuable, la documentation de la valorisation devient presque aussi importante que la valeur elle-même.
Le Guide de juin 2026 ne crée pas de nouvelles règles de droit.
En revanche, il révèle beaucoup plus clairement la manière dont l’administration fiscale analysera désormais les valorisations d’entreprises.
Pour les sociétés détenant des cryptoactifs, utilisant des stablecoins ou exerçant une activité dans l’écosystème blockchain et Web3, cette évolution est loin d’être neutre.
La difficulté n’est plus seulement de déterminer une valeur. Elle consiste à être capable de la justifier, de la documenter et de démontrer qu’elle reflète réellement la valeur vénale de l’entreprise au jour de l’opération.
Chez QOMIT, nous accompagnons les dirigeants, investisseurs et familles dans la valorisation des sociétés détenant des cryptoactifs, notamment dans le cadre de donations, successions, cessions de titres, restructurations, levées de fonds et contrôles fiscaux.
Lorsqu’une entreprise détient des cryptoactifs ou développe une activité dans l’écosystème blockchain, une valorisation solide repose autant sur la méthode retenue que sur la qualité de sa documentation.
Pour toute question relative à la valorisation d’une entreprise exposée aux cryptoactifs, vous pouvez contacter le cabinet QOMIT : contact@qomit.fr.
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